En moyenne, les articles du commerce solidaire valent 8% de plus. Le prix d'un engagement. Celui de rémunérer décemment les producteurs des pays pauvres. Promesse tenue ?
Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? C'est la question, sous forme de slogan, que posent les acteurs du commerce équitable. En glissant dans son caddie un produit arborant la mention « équitable », le consommateur fait un choix qui prend tout son sens à l'autre bout du monde. En Asie, en Afrique ou en Amérique latine, des petits producteurs auront été payés décemment pour produire la matière première. Et ils n'auront pas été contraints de courber l'échine face aux importateurs et aux distributeurs, comme le veut la règle de l'économie mondialisée.
Des consommateurs plus avertis
Equitable ne rime plus seulement avec alimentation. Le nombre des produits affichant cette étiquette se multiplie à la vitesse grand V : cosmétiques, jouets, vêtements, objets de décoration... Certes, le commerce équitable a encore du chemin à faire puisqu'il ne pèse que 0,01% des échanges mondiaux. Soit 1,25 milliard d'euros en 2006. Mais, en Europe, il est bel et bien sorti de la confidentialité. Selon une récente étude du cabinet Wei, 81% des Français connaissent cette notion en 2007, contre 9% en 2002. De plus en plus nombreux, les consomm'acteurs – profitant de leur acte d'achat pour peser sur les choix de société – sont prêts à payer un peu plus cher des produits éthiques.
Plus cher, mais de combien ? Difficile question. Les références équitables sont souvent perçues comme beaucoup plus onéreuses. A tort. Il faut, en effet, tenir compte de leur positionnement. On ne peut comparer un riz tout venant vendu 55 centimes les 500 grammes chez Leclerc, avec un riz thaï parfumé au jasmin de marque Ethiquable, il est vrai cinq fois plus cher. Celui-ci est plutôt en compétition avec des riz supérieurs, vendus jusqu'à 4 euros le kilo chez Auchan. «Nous commercialisons des variétés rares telles que le petit poussin du Laos avec son goût de noisette ou le riz violet de Thaïlande. Nous tentons de sauvegarder une variété de saveurs en préservant des microcultures locales. Un patrimoine en train de disparaître sous le rouleau compresseur du négoce conventionnel qui standardise les goûts», plaide Stéphane Comar, cofondateur d'Ethiquable, l'une des marques leaders du secteur. Mieux, certains produits équitables sont même moins chers. En atteste la vanille des Comores en bâton de marque Ethiquable vendue 20% en dessous du prix de ses concurrentes. La raison ? Un moindre nombre d'intermédiaires, la marque française importatrice étant en contact direct avec le producteur. Sur certains marchés, cela suffit pour compenser largement le surcoût à l'achat de la matière première.
Des producteurs mieux impliqués
D'une façon générale, l'écart de prix peut atteindre 10 à 15%, avec une moyenne plutôt aux alentours de 8 %. La répartition du prix de vente change sensiblement par rapport à un produit conventionnel de même niveau de gamme. Au profit du producteur, bien sûr. Exemple avec un paquet de 24 infusettes de thé vert du Sri Lanka de marque Alter Eco, vendu en moyenne 2,54 euros. «C'est 10% environ plus cher qu'un thé de qualité équivalente, reconnaît Eric Garnier, l'un des cofondateurs d'Alter Eco. Sur chaque paquet, le prix payé au producteur est d'environ 7 centimes, contre 2 centimes pour nos concurrents du commerce conventionnel.» Au final, 17 centimes seront versés par paquet à la coopérative sri-lankaise. Explication : outre l'achat de la matière première, l'emballage est fait sur place. Pour maintenir un maximum de valeur ajoutée sur le lieu de production.
La mise en place de filières avec les petits producteurs africains de coton relève de la même logique. A l'autre bout de la chaîne, les consommateurs français achètent des vêtements, des couettes, du linge de maison ou de layette labellisés par Max Havelaar. Objectif : venir en aide aux 15 à 20 millions d'Africains de l'Ouest et du Centre, dépendants de la culture du coton pour survivre. Dans le circuit habituel, ils sont contraints de vendre leur récolte à un prix ne couvrant souvent même pas le coût de production ! En cause, les Etats-Unis d'Amérique. Le premier exportateur mondial de coton casse en effet les prix en distribuant entre 3 à 4 milliards de dollars de subventions par an à ses 25 000 exploitants nationaux. «Les Etas-Unis irriguent le marché avec une matière première de moindre qualité, consommant de surcroît un cinquième des pesticides utilisés dans le monde, alors que les Africains cultivent un coton de bonne qualité dans des conditions écologiques», déplore Christophe Alliot, directeur délégué aux affaires internationales chez Max Havelaar.
Des garanties bientôt renforcées
Pour accepter d'alourdir son budget alimentaire au nom de l'équité, il est tout naturel d'exiger des garanties. Quelles sont-elles ? Distinguons deux grandes filières du commerce équitable. D'un côté, des marques affichent sur leur étiquette l'un des deux labels équitables existants : Max Havelaar ou Bio Equitable. Cela signifie qu'elles se conforment à un cahier des charges strict. Pour Max Havelaar, cette charte fixe le prix plancher d'achat aux coopératives de producteurs, déterminé pour assurer un minimum vital à l'agriculteur. S'y rajoute une prime au développement versée à la coopérative, destinée à financer le développement économique et social de la communauté. Le respect de ce cahier des charges fait l'objet d'un contrôle régulier par un organisme certificateur, Flo, chez tous les maillons de la chaîne.
D'autres acteurs, en particulier dans les services, empruntent un second circuit, hors labellisation. C'est le cas de la fédération Artisans du monde, disposant de 157 points de vente de produits d'artisanat. Elle s'approvisionne auprès de sa plate-forme d'importation, Solidar'Monde. Cette dernière revendique un lien étroit avec les artisans et des organisations non gouvernementales locales les encadrant et apportant une certaine garantie sur les conditions équitables d'achat de ses produits. En trente ans d'existence, Artisans du monde s'est bâti une réputation sérieuse. Ce n'est pas le cas de nombreuses autres enseignes apparues ces dernières années pour surfer sur la vague du commerce équitable. Fin 2005, une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a pointé du doigt l'amateurisme et l'absence de rigueur de certains acteurs. Un conseil : adressez-vous de préférence à des enseignes adhérentes à l'une des deux grandes organisations nationales du secteur : Minga et la Plateforme pour le commerce équitable. Ces associations exercent en effet un minimum de contrôle sur l'activité de leurs adhérents.
Mais la situation pourrait se normaliser avec la future Commission nationale du commerce équitable. Elle sera chargée d'homologuer les différents acteurs revendiquant l'appellation commerce équitable. Un premier pas vers une reconnaissance officielle de la consommation solidaire. Et une première au niveau international.
Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? C'est la question, sous forme de slogan, que posent les acteurs du commerce équitable. En glissant dans son caddie un produit arborant la mention « équitable », le consommateur fait un choix qui prend tout son sens à l'autre bout du monde. En Asie, en Afrique ou en Amérique latine, des petits producteurs auront été payés décemment pour produire la matière première. Et ils n'auront pas été contraints de courber l'échine face aux importateurs et aux distributeurs, comme le veut la règle de l'économie mondialisée.
Des consommateurs plus avertis
Equitable ne rime plus seulement avec alimentation. Le nombre des produits affichant cette étiquette se multiplie à la vitesse grand V : cosmétiques, jouets, vêtements, objets de décoration... Certes, le commerce équitable a encore du chemin à faire puisqu'il ne pèse que 0,01% des échanges mondiaux. Soit 1,25 milliard d'euros en 2006. Mais, en Europe, il est bel et bien sorti de la confidentialité. Selon une récente étude du cabinet Wei, 81% des Français connaissent cette notion en 2007, contre 9% en 2002. De plus en plus nombreux, les consomm'acteurs – profitant de leur acte d'achat pour peser sur les choix de société – sont prêts à payer un peu plus cher des produits éthiques.
Plus cher, mais de combien ? Difficile question. Les références équitables sont souvent perçues comme beaucoup plus onéreuses. A tort. Il faut, en effet, tenir compte de leur positionnement. On ne peut comparer un riz tout venant vendu 55 centimes les 500 grammes chez Leclerc, avec un riz thaï parfumé au jasmin de marque Ethiquable, il est vrai cinq fois plus cher. Celui-ci est plutôt en compétition avec des riz supérieurs, vendus jusqu'à 4 euros le kilo chez Auchan. «Nous commercialisons des variétés rares telles que le petit poussin du Laos avec son goût de noisette ou le riz violet de Thaïlande. Nous tentons de sauvegarder une variété de saveurs en préservant des microcultures locales. Un patrimoine en train de disparaître sous le rouleau compresseur du négoce conventionnel qui standardise les goûts», plaide Stéphane Comar, cofondateur d'Ethiquable, l'une des marques leaders du secteur. Mieux, certains produits équitables sont même moins chers. En atteste la vanille des Comores en bâton de marque Ethiquable vendue 20% en dessous du prix de ses concurrentes. La raison ? Un moindre nombre d'intermédiaires, la marque française importatrice étant en contact direct avec le producteur. Sur certains marchés, cela suffit pour compenser largement le surcoût à l'achat de la matière première.
Des producteurs mieux impliqués
D'une façon générale, l'écart de prix peut atteindre 10 à 15%, avec une moyenne plutôt aux alentours de 8 %. La répartition du prix de vente change sensiblement par rapport à un produit conventionnel de même niveau de gamme. Au profit du producteur, bien sûr. Exemple avec un paquet de 24 infusettes de thé vert du Sri Lanka de marque Alter Eco, vendu en moyenne 2,54 euros. «C'est 10% environ plus cher qu'un thé de qualité équivalente, reconnaît Eric Garnier, l'un des cofondateurs d'Alter Eco. Sur chaque paquet, le prix payé au producteur est d'environ 7 centimes, contre 2 centimes pour nos concurrents du commerce conventionnel.» Au final, 17 centimes seront versés par paquet à la coopérative sri-lankaise. Explication : outre l'achat de la matière première, l'emballage est fait sur place. Pour maintenir un maximum de valeur ajoutée sur le lieu de production.
La mise en place de filières avec les petits producteurs africains de coton relève de la même logique. A l'autre bout de la chaîne, les consommateurs français achètent des vêtements, des couettes, du linge de maison ou de layette labellisés par Max Havelaar. Objectif : venir en aide aux 15 à 20 millions d'Africains de l'Ouest et du Centre, dépendants de la culture du coton pour survivre. Dans le circuit habituel, ils sont contraints de vendre leur récolte à un prix ne couvrant souvent même pas le coût de production ! En cause, les Etats-Unis d'Amérique. Le premier exportateur mondial de coton casse en effet les prix en distribuant entre 3 à 4 milliards de dollars de subventions par an à ses 25 000 exploitants nationaux. «Les Etas-Unis irriguent le marché avec une matière première de moindre qualité, consommant de surcroît un cinquième des pesticides utilisés dans le monde, alors que les Africains cultivent un coton de bonne qualité dans des conditions écologiques», déplore Christophe Alliot, directeur délégué aux affaires internationales chez Max Havelaar.
Des garanties bientôt renforcées
Pour accepter d'alourdir son budget alimentaire au nom de l'équité, il est tout naturel d'exiger des garanties. Quelles sont-elles ? Distinguons deux grandes filières du commerce équitable. D'un côté, des marques affichent sur leur étiquette l'un des deux labels équitables existants : Max Havelaar ou Bio Equitable. Cela signifie qu'elles se conforment à un cahier des charges strict. Pour Max Havelaar, cette charte fixe le prix plancher d'achat aux coopératives de producteurs, déterminé pour assurer un minimum vital à l'agriculteur. S'y rajoute une prime au développement versée à la coopérative, destinée à financer le développement économique et social de la communauté. Le respect de ce cahier des charges fait l'objet d'un contrôle régulier par un organisme certificateur, Flo, chez tous les maillons de la chaîne.
D'autres acteurs, en particulier dans les services, empruntent un second circuit, hors labellisation. C'est le cas de la fédération Artisans du monde, disposant de 157 points de vente de produits d'artisanat. Elle s'approvisionne auprès de sa plate-forme d'importation, Solidar'Monde. Cette dernière revendique un lien étroit avec les artisans et des organisations non gouvernementales locales les encadrant et apportant une certaine garantie sur les conditions équitables d'achat de ses produits. En trente ans d'existence, Artisans du monde s'est bâti une réputation sérieuse. Ce n'est pas le cas de nombreuses autres enseignes apparues ces dernières années pour surfer sur la vague du commerce équitable. Fin 2005, une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a pointé du doigt l'amateurisme et l'absence de rigueur de certains acteurs. Un conseil : adressez-vous de préférence à des enseignes adhérentes à l'une des deux grandes organisations nationales du secteur : Minga et la Plateforme pour le commerce équitable. Ces associations exercent en effet un minimum de contrôle sur l'activité de leurs adhérents.
Mais la situation pourrait se normaliser avec la future Commission nationale du commerce équitable. Elle sera chargée d'homologuer les différents acteurs revendiquant l'appellation commerce équitable. Un premier pas vers une reconnaissance officielle de la consommation solidaire. Et une première au niveau international.