Discours de M. Pascal Lamy: "Le commerce équitable peut-il contribuer au développement durable?"

Pascal Lamy est Directeur Général de l'Organisation Mondiale du Commerce.


Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie de m'avoir invité en ma qualité de commissaire au commerce. Deux questions me sont posées : “Le commerce équitable contribue-t-il au développement durable?” et “Quelle place le commerce équitable occupe-t-il dans les politiques communautaires ?” Je dirais que la seconde est légèrement prépondérante de par sa nature. Je vais d'abord tenter de trouver leur lien. Il est évident que le commerce équitable concourt largement au développement durable et comme le développement durable joue un rôle central dans les politiques communautaires, le commerce équitable occupe, lui aussi, une position importante. C'est d'ailleurs ce que prouvent les fonds que nous continuons à investir dans les projets liés au commerce équitable : 16 millions d'euros en 1997, devenus 30 millions en 2002 pour 66 projets qui portent des noms évocateurs. En entendant “Consommer autrement pour un monde meilleur” vous comprendrez l'intérêt que je porte personnellement à une “économie bananière durable”. Et nous n'allons bien sûr pas cesser d'offrir un soutien aux projets pertinents.
Néanmoins, mon engagement en faveur du commerce équitable va bien au-delà de mon simple point de vue personnel. Le plan d'action arrêté lors du Sommet mondial pour le développement durable contient des engagements politiques essentiels en faveur de l'intégration des pays en développement dans l'économie mondiale. Il dit par exemple que tous les pays devraient prendre des mesures en faveur de modes de consommation et de production durables, les pays développés devant montrer l'exemple pour que tout le monde bénéficie de ce processus. Tous ces principes se retrouvent aussi dans les objectifs de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui visent le relèvement des niveaux de vie, la réalisation du plein emploi tout en permettant l'utilisation optimale des ressources mondiales conformément à l'objectif de développement durable.”
Pour donner un suivi concret à tous ces engagements à haut niveau, la DG Commerce s'efforce – vous avez peut-être déjà entendu parler de notre Programme d'action pour le commerce durable – d'aider à promouvoir les échanges durables et équitables en mettant l'accent sur l'environnement légal et commercial dans lequel les éléments constitutifs de la valeur travaillent à accroître les connaissances du consommateur et sa confiance dans les produits étiquetés “commerce durable”, “commerce équitable” ou “commerce éthique”. L'UE a également pris l'engagement spécifique de favoriser le commerce équitable dans ses rapports avec certains de ses partenaires commerciaux. L'UE s'est engagée dans le nouvel accord de partenariat ACP-UE, signé à Cotonou le 23 juin 2000, à « soutenir une politique durable et les réformes institutionnelles ainsi que les investissements nécessaires à un accès équitable aux activités économiques et aux ressources productives » et notamment à « favoriser le commerce équitable ». La DG Commerce soutient également les travaux du Centre de commerce durable et d'innovation (CCDI) qui s'occupe de développer des marchés pour les produits respectueux du développement durable par une alliance entre le consommateur et les groupes de la société civile.
Après moi, vous entendrez d'autres interventions sur le développement et l'emploi. Il faut aussi que je vous parle de la communication récente de la Commission relative aux chaînes de produits de base agricoles, qui se penche sur le rôle du commerce équitable et d'autres systèmes et suggère d'autres orientations pour l'avenir, comme un centre d'échange d'expériences, et la sensibilisation du public au commerce équitable.
Enfin, le commerce équitable fait également partie des considérations abordées par la Commission dans son analyse du rapport récent de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation. Nous allons publier une communication à ce sujet en mai. Ainsi, il est clair que le commerce équitable occupe une place honorable dans notre engagement en faveur d'un développement durable. Mais je ne voudrais pas seulement vous féliciter pour ce que vous faites et vous transmettre un message de soutien. Je dois aussi vous définir les quelques limites à notre engagement en faveur du commerce équitable.
En un sens, le commerce équitable a attiré l'attention sur un argument de pression dans la politique étrangère: à savoir, le pouvoir des consommateurs qui peut, par leurs décisions en matière d'achats, influencer la conjoncture des pays tiers. Une marque ou une réputation mondiale se font et se défont en fonction de ce que le consommateur entend dire ; et même la conjoncture de pays qui sont pourtant situés très loin de celui des consommateurs, peut aussi être touchée. Et puis il y a évidemment aussi toutes les limites qui sont mises au pouvoir du consommateur lorsque la chaîne de l'offre est opaque. Ainsi, d'une part, le consommateur est roi, alors que, d'autre part, c'est un roi sans pouvoir tant qu'il n'est pas informé.
La mobilisation du consommateur est donc une affaire privée et spontanée qui nous impose, en tant qu'autorités publiques, certaines limites. Notre engagement en faveur du commerce équitable est d'autant plus légitime qu'il répond à l'intérêt du public qui veut des précisions et la transparence sur l'origine du produit. Pour le reste, nous devons veiller à ne pas dépasser l'interaction habituelle entre le Traité et l'accord international. Si nous allons trop loin dans l'instrumentalisation du commerce équitable pour répondre à nos objectifs concernant le développement durable dans la politique internationale, nous risquons d'enfreindre les règles internationales ou de favoriser plus particulièrement un cercle d'acteurs privés. Pour ne pas en arriver là, il nous faut prendre en compte la concurrence interne. Le commerce équitable n'est pas le seul protagoniste sur ce terrain-là. De nombreuses sociétés et organisations du secteur privé élaborent aujourd'hui leurs propres codes de conduite en matière d'emploi, de droits de l'homme et d'environnement pour mettre leur responsabilité sociale en oeuvre. Ces codes peuvent dans certains cas être moins ambitieux mais donner des résultats meilleurs que les produits du commerce équitable par rapport à certains critères de référence spécifiques. Quelle que soit leur nature, ils peuvent, eux aussi, augmenter le nombre de producteurs qui bénéficient d'une amélioration des conditions.
L'intégration de pratiques liées à la production durable dans la façon de faire d'une entreprise n'est en principe pas une idée à laquelle s'oppose le mouvement en faveur du commerce équitable. L'imitation est la forme la plus sincère de la flatterie et les entreprises s'intéressent en ce qui concerne leur responsabilité sociale aux résultats obtenus par le commerce équitable. Un autre intervenant viendra vous parler des tables rondes du forum multilatéral qu'organise la Commission. Je mentionnerai juste en passant qu'au cours de la table ronde sur les problèmes de développement, on a pu voir combien le mouvement en faveur du commerce équitable s'est forgé une bonne expérience en ce qui concerne l'instauration de relations transparentes et durables entre les consommateurs du Nord et les fournisseurs du Sud. Ainsi, commerce équitable et responsabilité sociale des entreprises ne sont pas diamétralement opposés même si, je le sais, les défenseurs d'une option ont des doutes sur ce que réalisent les défenseurs de l'autre option et vice-versa. Le commerce équitable se méfie d'une dilution dangereuse des principes et des pratiques qu'il représente. « Méfiez-vous des imitations bon marché ». Les défenseurs de la responsabilité sociale des entreprises font valoir qu'une petite amélioration du marché de masse peut davantage représenter un changement dans la vie de nombre de producteurs que tout autre changement qui se produirait sur un marché plus étroit.
Mais alors que le décompte des effectifs peut nous apprendre beaucoup de choses, surtout en termes d'intérêt général, il ne capture pas toujours les aspects dynamiques d'une promotion du développement durable qui se traduit par une modification des pratiques et des attentes. Les caractéristiques particulières du commerce équitable lui ont permis d'avoir une influence disproportionnée sur l'ensemble du marché et de sensibiliser le consommateur et même le producteur. Les produits du commerce équitable sont évidemment de plus en plus visibles sur les marchés grand public mais c'est peut-être plus spécialement sous la pression des attentes, tant du producteur que du consommateur, que le commerce équitable a eu son plus grand impact.
Analyser comment fonctionnent les différentes initiatives n'est pas chose facile : certains préconisent un audit indépendant, d'autres sont contre, certains associent les ONG ou les acteurs locaux au choix des critères et certains ne se réfèrent qu'aux normes internationales. Certains estiment que le prix est un problème de marché, d'autres insistent sur l'importance de relations à long terme et sur une rémunération qui ne fluctue pas au gré des cycles des matières premières, mais qui puisse couvrir les besoins humains fondamentaux dans une société donnée. Certains insistent sur un respect strict des conventions concernant l'emploi, d'autres accordent plus d'importance aux progrès accomplis, tel un niveau acceptable de scolarisation des enfants. Certains enfin sont plus que d'autres concernés par les problèmes environnementaux. Il existe dans ce domaine toute une série de pratiques dont le commerce équitable fait partie. Mais ce n'est pas parce qu'un effort ou un système donné n'apporte pas toutes les réponses au développement durable que sa contribution n'est pas réelle. Il est donc impossible à la Commission de déclarer à un acteur particulier que « cette option-là est la seule valable, c'est à elle seulement que nous accorderons un statut et une aide.”
Il n'y a donc aucune solution facile, mais nous tentons toujours de voir dans quelle mesure l'intervention de la Commission peut faire avancer les choses. Le développement durable, fruit d'une production et d'une consommation durables, ne peut s'entendre sans une bonne communication et une bonne compréhension du problème. Mes services réfléchissent donc, en concertation avec d'autres services de la Commission et avec l'aide régulière de tous les acteurs concernés, à la question de savoir dans quelle mesure il conviendrait qu'elle participe à l'élaboration d'orientations en ce qui concerne les labels sociaux et le commerce équitable. Je suppose que si nous parvenons à progresser dans ce domaine de réels effets bénéfiques se feront sentir.
Premièrement, au niveau d'un vocabulaire commun qui permettra à des consommateurs toujours plus nombreux de comprendre réellement le choix qu'ils ou elles font en donnant la préférence à un produit plutôt qu'à un autre. Deuxièmement, en facilitant pour les autorités publiques le choix des achats suivant les tendances des consommateurs. Troisièmement, un concept bien défini fera que nous n'hésiterons pas à introduire dans notre politique commerciale bilatérale des mesures d'incitation au niveau du marché. Si cela ne fait pas partie de notre politique actuelle, c'est simplement pour une question de vocabulaire qui n'est ni défini ni convenu.
J'espère en outre que l'on va pouvoir prendre de plus en plus en compte ces critères dans le système des incitations et des contraintes que représentent les règles commerciales internationales. Une attitude de non-discrimination des États face à des marchandises qui sont apparemment équivalentes restera toujours au centre du débat et la réaction des pays en développement face à la volonté d'aller au-delà de la situation actuelle avec ses systèmes volontaires et privés peut toujours être problématique, mais nous devons au moins tenter de faire avancer les choses lorsque nous le pouvons. Je suis convaincu qu'en continuant à travailler en liaison étroite avec le monde du commerce équitable, nous pourrons tirer le meilleur parti de toutes les possibilités que nous avons devant nous.

Discours de M. Pascal Lamy
Parlement européen
Bruxelles, le 23 mars 2004

# Posté le vendredi 02 juin 2006 19:00

Andines, pionnière du commerce alternatif

ÉCONOMIE SOLIDAIRE. L'entreprise Andines privilégie « l'équité dans les transactions économiques ».


Andines
6, rue Arnold-Geraux
93450, L'Île-Saint-Denis
Tél. : 01.48.20.48.60
Fax : 01.48.20.50.93
Site Internet : www.andines.com


Les paquets de café Soberano sont rangés par palettes dans l'entrepôt, au premier étage du siège de la société Andines. Discrètement implantée à L'Île-Saint-Denis, en banlieue nord de Paris, cette entreprise de commerce équitable occupe une superficie de 400 m2, avec une boutique Solibio au rez-de-chaussée. Ici, les sept salariés stockent, gèrent, suivent les commandes et assurent la vente de produits traditionnels fabriqués aux quatre coins du monde. Comme le café Soberano, arrivé tout droit de Colombie et qui sera bientôt vendu aux distributeurs et aux boutiques du réseau Andines en France et en Europe, dernière étape d'un système de commerce alternatif basé sur des transactions les plus justes possibles entre les partenaires, du producteur au client.

2 000 produits, 200 groupes de producteurs dans 14 pays

Chaque produit a une histoire, toujours expliquée au moment des commandes et des ventes. Pour être équitable, il doit obéir à une charte refusant notamment l'exploitation du travail. C'est le cas de Soberano. La « fiche produit » de ce café arabica issu de l'agriculture biologique explique en détails qu'il « est cultivé dans le département du Cauca en Colombie. L'isolement et le relief de cette région ont attiré depuis de nombreuses années les guérilleros mais aussi les cartels de la ``coca''. Les cultures illicites de coca ont permis pendant quelques années aux agriculteurs d'avoir un revenu légèrement plus élevé par rapport aux cultures traditionnelles. Mais ces communautés se sont vite rendu compte que cette culture amenait la guerre civile et des massacres aveugles. Elles se sont organisées pour résister à cette évolution néfaste en créant la coopérative Cosurca (600 membres). »

Depuis sa création il y a dix-sept ans, Andines est devenue pionnière en matière de commerce équitable. Elle importe des produits artisanaux (2 000 références) et travaille aujourd'hui avec plus de 200 groupes de producteurs répartis dans 14 pays : Mexique, Guatemala, Salvador, Colombie, Venezuela, Équateur, Brésil, Pérou, Niger, Togo, Bénin, Burkina, Inde et France. Et distribue ses produits en Europe dans 300 points de vente (magasins de cadeaux, de produits bios ou naturels, boutiques Artisans du monde, site Internet (www.commercequitable.com), catalogues WWF, Amnesty International, Handicap International, Survival... La société, dont le chiffre d'affaires annuel est de l'ordre d'un million d'euros, a obtenu il y a trois mois le statut de Scop (société coopérative de production), dont les salariés sont associés majoritaires, participant aux décisions, à la gestion et aux résultats.

« Ce serait une attitude néocolonialiste de vouloir réduire le commerce équitable à une logique Nord-Sud. Nous sommes constamment dans une recherche d'équité dans les transactions économiques. Et nous travaillons avec des producteurs français, toujours en respectant les cultures locales », insiste Véronique Lacomme, gérante d'Andines.

Pour les produits venant de l'étranger, comment vérifier que les droits sont respectés ? Comment se fait la décomposition du prix d'une marchandise ? « Tout un travail ! C'est très long, répond Véronique Lacomme. Ce n'est pas nous qui définissons les prix, c'est une tâche collective avec les producteurs, les syndicats et les organisations locales. » Pour évaluer au mieux les besoins, Andines et ses interlocuteurs calculent « sur la notion du panier de la ménagère » la somme nécessaire par jour pour faire vivre une famille. Avec un correspondant d'Andines présent dans chaque pays, les contacts directs avec les producteurs sont fréquents. Dans le commerce traditionnel, environ 10 % du prix de détail revient au producteur, tandis que, par le commerce équitable d'Andines, le chiffre atteint 21 %. « Mais nous ne parvenons pas à assurer l'équité tout au long d'une filière, à cause des transports. Nous sommes par exemple soucieux des conditions de travail des marins qui acheminent nos produits, car on sait qu'il existe sur des bateaux des situations d'esclavage. »

L'import n'est pas la base du fonctionnement d'Andines, rappellent aussi ses salariés. « Notre principe est la souveraineté alimentaire, qui consiste par exemple à ne pas importer du miel du Brésil s'il y a une crise du miel en Europe », explique Michel Besson qui a effectué des visites récentes chez les producteurs, en Espagne et en France. « En Catalogne, la situation est catastrophique pour les paysans. Ils sont en train de disparaître à cause de la baisse des prix et du monopole de la grande distribution. Nous essayons d'analyser la situation pour éviter que des coopératives ne ferment. En France, c'est pareil. Le milieu paysan se réduit comme peau de chagrin. C'est le secteur où il y a le plus de suicides et on réfléchit aussi à cela. » PHILOMÈNE BOUILLON


9 Février 2004
source

# Posté le samedi 27 mai 2006 14:29

Comment penser et agir pour l'économie équitable ?

Le séminaire « Comment penser et agir pour l'économie équitable ? », dirigé par Sylvie Mayer, est « l'occasion de croiser les regards entre acteurs et d'amorcer une réflexion sur le devenir équitable de l'économie ». Ces séminaires feront l'objet d'une publication en septembre 2006. Le mardi 17 janvier 2006, lors de sa première séance, le séminaire traitait du thème : « Le commerce équitable Nord-Sud, exemple de réappropriation du marché par les producteurs. État des lieux et perspectives », avec Vincent David, chargé de communication Max Havelaar ; Arturo Palma Torres, de la fédération Artisans du monde et Jean-Paul Van Hoove, militant associatif.

Résumé de l'intervention d'Arturo Palma Torres [1].

Le commerce équitable Sud-Nord a plus de quarante ans d'existence. Créé par les ONG européennes de développement au milieu des années 60, le commerce équitable a atteint aujourd'hui une grande notoriété aussi bien auprès du grand public qu'après des milieux économiques et gouvernementaux.
Et pourtant, alors que le secteur enregistre des hausses de vente record et au moment même où il rencontre un succès médiatique sans précédent (particulièrement cette semaine), ses acteurs historiques se crispent. La raison ? L'arrivée des entreprises dans ce secteur. Si cette arrivée se révèle très porteuse en termes de volume de ventes, elle n'est pas sans risque pour les ONG engagées dans le processus et pour le concept du commerce équitable [2].

Et, au-delà des intérêts bien compris des ONG européennes, nord-américaines, australiennes ou japonaises, quel est l'avenir du mouvement international qui s'est construit autour du concept et de la pratique de commerce équitable durant ces quarante années ? Quid des groupements de producteurs du Sud ou du Nord, des réseaux de magasins associatifs spécialisés, des centrales d'importation, des innombrables petites entreprises productrices ou commerciales, des collectivités territoriales (autorités locales) engagées dans des pratiques d'achat équitables ou dans des politiques de soutien, des associations de consommateurs, des défenseurs de l'environnement, des syndicats et autres mouvements sociaux qui commençaient à considérer le commerce équitable comme un véritable outil de développement humain et durable ?

Pour essayer de répondre à ces questions, nous développerons dans cette intervention notre point de vue sur « l'invention [3] » du commerce équitable, son évolution, ainsi que sur les différentes démarches et stratégies auxquelles il fait référence. Finalement, nous proposerons des pistes d'avenir pour le commerce équitable, en tant qu'outil de développement durable et de régulation des échanges commerciaux locaux, nationaux et internationaux. À cette fin, nous analyserons les principaux défis auxquels les mouvements du commerce équitable sont confrontés, ainsi que les possibilités qui s'offrent à eux pour les surmonter. Parmi ces défis, nous mettrons l'accent sur :

• L'approfondissement des divergences en termes de finalités et d'objectifs. Il y a au moins deux conceptions du commerce équitable : les partisans de l'insertion des producteurs pauvres dans les marchés mondiaux, les « régulateurs », et ceux qui cherchent à construire un véritable mouvement social, capable de promouvoir l'éducation à la consommation responsable, ainsi que des régulations publiques à tous les niveaux, les « transformateurs [4] ». Ces différences se sont approfondies ces dernières années et les contradictions se manifestent clairement dans les débats en cours.

• Le développement du commerce équitable dans des pays et des régions du Sud... et du Nord. La prise de conscience des limites du commerce équitable Sud-Nord amène les producteurs à chercher d'autres formes de commercialisation que l'exportation vers les pays du Nord. La tendance est aujourd'hui à la recherche de débouchés dans les marchés locaux, nationaux et régionaux.

• Le besoin de normes de commerce équitable, légitimes et reconnues, permettant de stabiliser le concept et de distinguer les bonnes pratiques.

• La recherche d'alliances nécessaires pour travailler à la réforme du système de commerce international en vue de régulations publiques contraignantes. La nécessité pour les organisations du commerce équitable d'intervenir dans le débat sur le commerce international semble gagner des points ces dernières années. Dans ce sens les organisations internationales du commerce équitable cherchent à lancer des campagnes internationales et à tisser des alliances avec des ONG et des syndicats pour peser lors des conférences internationales.

• Le rôle de plus en plus important des grandes sociétés privées dans le commerce équitable. L'apparition d'organismes de labellisation des produits du commerce équitable a profondément et durablement transformé le paysage, en y introduisant notamment les supermarchés et en popularisant le concept. La question n'est pas aujourd'hui de savoir si la grande distribution commercialise ou non les produits du commerce équitable. Ou si les produits des multinationales labellisés par FLO sont du commerce équitable. C'est déjà fait ! La question d'aujourd'hui est de savoir dans quelles conditions cette production et/ou commercialisation est faite. Et de quelle manière le mouvement du commerce équitable amène ces grandes entreprises à devenir globalement responsables sur le plan social et environnemental.

• L'évolution des consommateurs vers une attitude davantage critique et responsable vis-à-vis de la société de consommation. Même si elle n'est pas encore réellement stabilisée, cette tendance générale à ce que l'on appelle « la consommation éthique » est perceptible, notamment parmi les classes à hauts et moyens revenus dans les sociétés des pays du Nord. Les différentes crises des produits d'alimentation (vache folle, poulets à la dioxine, produits frelatés, grippe aviaire, etc.) y ont largement contribué.

source

[1] A. Palma Torres est consultant indépendant en développement local et économie solidaire, expert associé au CRIDA (Centre de Recherche et Information sur la Démocratie et l'Autonomie).
[2] Cf. Alter Business News N°100, Octobre 2005 : Le Fair Trade sera-t-il victime de son succès ?
[3] Lu sur une publicité du livre de Francisco Van Der Hoff « Nous ferons un monde équitable », Ed. Flammarion, Paris, 2005
[4] « Commerce équitable, propositions pour des échanges solidaires au service du développement durable », Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, coord. par Pierre W. Johnson, Ed. Charles Léopold Mayer, Paris 2003.

# Posté le vendredi 26 mai 2006 18:16

Petites nouveautés (bis) sur le site de Max Havelaar France : la FAQ

Petites nouveautés (bis) sur le site de Max Havelaar France : la FAQ
1. Les grandes surfaces ont de mauvaises pratiques : marges arrière, conditions de travail des caissières. Le terme « équitable » ne doit-il pas s'appliquer tout au long de la filière ?

1/ Le rôle de Max Havelaar est de proposer des solutions à des producteurs du Sud. Il est important de connaître les limites de notre action afin d'être efficaces. Max Havelaar n'a pas vocation à régler tous les problèmes du monde.

2/ En France, il existe déjà des syndicats de producteurs ou de salariés dont le rôle est de défendre les conditions de travail. Il n'est pas question de nous y substituer.

3/ Le label n'a pas la prétention d'incarner à lui seul toutes les démarches éthiques. Le consommateur, qui est aussi citoyen, a la responsabilité de faire des choix : du café équitable, un panier des AMAP, un voyage en train plutôt qu'en avion...

2. Pourquoi les produits labellisés sont-ils en supermarchés ? Ne craignez-vous pas d'être récupérés par la grande distribution qui valorise son image en ne vendant que quelques références ?

1/ Max Havelaar certifie des produits et non des entreprises. L'attribution du logo signifie le respect par la filière de critères précis.

2/ 15 millions de foyers Français font leurs courses dans les grandes surfaces : la grande distribution existe, c'est un fait, elle n'a pas besoin de nous pour survivre.

3/ C'est le seul moyen d'assurer des volumes suffisants pour sortir le commerce équitable d'une niche commerciale ou d'une marginalité radicale.

4/ Si la proportion des produits labellisés est encore faible, elle croît d'environ 80% chaque année.

5/ Nous sommes très étonnés de voir Andines et Minga s'opposer au fait que les produits labellisés Max Havelaar soient disponibles en grande surface, puisqu'Andines, aux côtés d'une cinquantaine de signataires, avait précisément fait pression en ce sens (Pétition Agir Ici, septembre 98-janvier 99)

3. Comment une association comme Max Havelaar France peut-elle être en position de négocier avec la grande distribution pour garantir le prix au producteur ?

Ce n'est pas Max Havelaar France qui décide du prix final. L'association garantit que le producteur reçoit le prix minimum garanti et la prime de développement. Ceci représente un coût supplémentaire pour les marques. Cependant, le reste du prix relève de la politique commerciale de celles-ci.

4. Pourquoi le commerce équitable se limite-t-il aux producteurs des pays du Sud, et néglige par exemple les paysans français dont une grande partie ne touche pas le SMIC ?

1/ Les communautés bénéficiaires du commerce équitable vivent la plupart du temps dans des pays dans lesquels l'Etat est faible : pas ou peu de protection sociale ; infrastructures défaillantes, absence ou faillite des mécanismes de compensation lors de la chute des cours des produits agricoles... La plupart de ces paysans cultivent à la main, sur moins de 5 ha. Les enjeux ne sont pas de même nature, même si de nombreux paysans français vivent sous le seuil de pauvreté.

2/ Il existe des syndicats, des chambres d'agriculture, une inspection du travail... Max Havelaar n'a pas l'intention de concurrencer ces organismes.

3/ La définition internationale du commerce équitable, fruit d'une concertation entre toutes les grandes fédérations internationales, est la suivante : « Le commerce équitable est un partenariat commercial, basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui vise plus d'équité dans le commerce international. Le commerce équitable contribue au développement durable en proposant de meilleures conditions commerciales aux producteurs marginalisés, spécialement dans le Sud, et en sécurisant leurs droits.
Les acteurs du commerce équitable, soutenus par les consommateurs, s'engagent à appuyer activement les producteurs, à sensibiliser le public et à se mobiliser pour des changements dans les règles et les pratiques du commerce international conventionnel. »

4/ Max Havelaar France est tout à fait d'accord pour apporter son expertise pour contribuer à l'émergence d' un label de « commerce solidaire » pour le Nord. Afin de participer à la réflexion concernant ces problématiques, Max Havelaar France participe au RADIS, le Réseau pour une agriculture durable, inventive et solidaire.

5. Les produits du commerce équitable comme le miel et les fleurs sont aussi produits en France. N'entrent-ils pas en concurrence ?


1/ La production de miel est insuffisante en France. C'est précisément en accord avec le syndicat des apiculteurs français que la filière miel a débuté.

2/ Les fleurs ne sont que peu produites en France, surtout pas pour la Saint-Valentin.

6. Pourquoi ne puis-je pas savoir précisément combien reviendra au producteur sur mon paquet de café ?

1/ Parce que le Code de la concurrence l'interdit. Les entreprises ont le droit de ne pas dévoiler leurs marges. Selon la loi, l'association n'a pas son mot à dire sur le prix de vente final. En revanche, elle garantit que le producteur reçoit le prix minimum garanti et la prime de développement. Elle peut donner aussi une estimation constatée.

2/ Dans le label Max Havelaar, il y a une chose qui n'est pas négociable: ce sont les standards. Définis par le comité des standards qui est indépendant et souverain, ils définissent les conditions de production, de rémunération, et d'échange commercial entre le producteur et son client direct, qui est en général l'importateur.

7. Max Havelaar labellise aussi des grandes plantations. N'est-ce pas antinomique avec la notion de développement durable ?

1/ En labellisant de grandes plantations, Max Havelaar cherche à introduire de l'équité dans des secteurs qui en manquent. D'une part, elle cherche à y faire appliquer les recommandations universellement reconnues de l'OIT : développement social, non-discrimination, travail forcé des enfants, liberté syndicale, conditions de travail, santé et sécurité... C'est une première grande avancée.

2/ Mais pour qu'une véritable dynamique de développement soit initiée, la prime de développement est versée aux travailleurs. Son usage (crèches, formations, amélioration de la vie...) est décidé collégialement au sein d'un comité paritaire qu'on pourrait comparer à un comité d'entreprise, mais dont les retombées s'étendent à des communautés entières. Dans bien des pays, un tel organe de concertation est inimaginable.

8. Que pense Max Havelaar de la certification de produits de multinationales de l'agroalimentaire ?

1/ L'immense majorité des détenteurs de licence de Max Havelaar France sont aujourd'hui des PME. Cependant, à l'instar de notre homologue Fairtrade foundation au Royaume-Uni ou Max Havelaar Suisse, nous n'excluons pas de travailler aussi avec de grands groupes.

2/ Max Havelaar labellise et soutient des produits précis. Elle ne couvre en aucun cas l'ensemble des activités d'une entreprise. Le label ne doit pas être utilisé dans une communication généralisante.

3/ Le but est précisément d'apporter de l'équité dans des filières qui en manquent. Aujourd'hui, quatre sociétés contrôlent 40% du commerce mondial du riz ; sept sociétés contrôlent 85% du commerce du cacao ; quatre grandes multinationales contrôlent 60% du marché mondial du café. Nous sommes bien placés pour connaître leurs pratiques. Mais en ignorant ces entreprises, on n'a aucun espoir ni de mettre en cause leur hégémonie, ni de changer leurs pratiques. C'est précisément ceux qui sont responsables de l'oppression économique qu'il faut aller voir afin d'établir un dialogue avec une proposition de changement tangible et des standards qui encadrent des critères de développement précis. Ainsi, la contestation du système ne reste pas lettre morte. C'est là-dedans qu'il faut changer les pratiques, et pas à côté.

Autrefois, ces grands groupes étaient réticents. Avec les parts de marché que prennent les produits labellisés ( 5% du café en France, 50% des bananes en Suisse...), le jeu du marché fait qu'ils ne peuvent plus nous ignorer. Ils sont ainsi mis en demeure de commencer à modifier leurs pratiques.

4/ Il n'y a pas d'alliance, mais des contrats précis. Des standards précis et des contrôles indépendants encadrent l'utilisation de la certification.

5/ Comme pour toute la démarche de développement de Max Havelaar, l'engagement doit être fait dans une logique de progrès, et les entreprises doivent chercher à faire davantage chaque année.

9. Le coton labellisé par Max Havelaar peut-il contenir des OGM ?

1/ Pour Max Havelaar France, les OGM sont incompatibles avec le commerce équitable à cause des risques de dépendance des producteurs vis-à-vis des semences brevetées et des risques de contamination de l'environnement. Les standards les interdisent formellement, et encadrent même les risques de contamination avec d'éventuelles parcelles du voisinage.

2/ Au contraire, les vêtements en coton équitable sont, avec ceux en coton biologique, les seuls garantis sans OGM pour le consommateur. Le coton génétiquement modifié représente 40% de la production des Etats-Unis et 66% de celle de la Chine. L'Afrique de l'Ouest, où sont situés les producteurs de coton équitable, ne produisent pas de coton OGM. Le coton équitable est donc le seul garanti sans OGM, avec le coton bio.

3/ L'association défend au contraire une agriculture respectueuse de l'environnement comme une des conditions essentielles du commerce équitable. La réduction des intrants chimiques, une bonne gestion de la consommation d'eau ainsi que d'autres mesures font partie des critères pour les producteurs. La conversion à l'agriculture biologique est encouragée et considérée comme un objectif à plus ou moins long terme.

10. Pourquoi Max Havelaar s'allie-t-elle avec Dagris ?

1/ Le partenariat est strictement technique. Cette entreprise publique en voie de privatisation est un professionnel compétent qui travaille depuis longtemps directement avec les organisations de producteurs et possède une expertise sur la qualité du coton. C'est seulement dans ces deux domaines qu'elle est intervenue.

2/ Dagris n'a pas eu de rôle décisionnaire dans l'élaboration des standards qui définissent les conditions de production et de vente du coton équitable. C'est FLO qui a défini les standards, en collaboration avec les producteurs.

3/ À ce jour, Dagris n'a jamais imposé des OGM à aucun producteur africain ou à aucune organisation. Cette entreprise a seulement adopté une attitude de veille sur l'état de la recherche. Max Havelaar France a signé un contrat avec elle, cela ne lui donne pas le pouvoir pour influer sur ses décisions stratégiques.

4/ Depuis 50 ans, Dagris a développé le coton en Afrique de l'Ouest sur le modèle d'une agriculture paysanne qui respecte les structures de production existantes : polyculture familiale qui laisse la place à des activités vivrières.

11. Max Havelaar est-il véritablement un label, ou seulement une marque ?

1/ Le principe d'un label, c'est un cahier des charges précis et des contrôles indépendants. C'est le cas du label Max Havelaar.

2/ La définition commerciale du label est la suivante : « Marque collective exprimée sous la forme d'une inscription, d'un signe ou d'un logo apposé sur un produit et qui atteste que ce dernier possède un certain nombre de qualités et de caractéristiques » (Dictionnaire de mercatique de J.C Gilardi, M. Koehl, J.L. Koehl). Les labels sont souvent créés par des organisations professionnelles, des collectifs, mais ils peuvent également l'être par des organismes publics ou para-publics.

Marque commerciale : « Nom donné à un produit ou service par un fabricant, producteur ou distributeur. C'est l'identité qui protège légalement un produit et qui lors de sa commercialisation lui permet de se différencier de la concurrence. »

3/ Il est vrai que la DGCCRF continue de dire que seules peuvent se qualifier « label » les certifications entrant dans le champ des labels de qualité supérieure concernant les produits agricoles et alimentaires régis par les dispositions du code rural et du code de la consommation. Mais il s'agit là d'une simple interprétation contredite par les deux seules décisions judiciaires récentes intervenues en ce domaine (Cour d'appel de Paris 27 juin 2003, Cour d'appel de Versailles 23 septembre 2004). Ce label répond à toutes les conditions posées : il a bien pour objet de garantir l'application d'un cahier des charges, il est contrôlé par un organisme certificateur et il ne prête pas à confusion avec un label de qualité supérieure.

12. Max Havelaar est-il vraiment le seul acteur du commerce équitable ? Le seul label ?

1/ Si Max Havelaar France n'est pas la seule organisation de commerce équitable, elle est la seule à fonctionner avec un système de label harmonisé au plan international. Max Havelaar est donc le seul label international du commerce équitable.

2/ D'autres associations font du commerce équitable avec des démarches très intéressantes, bien que leurs options politiques soient différentes : Artisans du Monde, plus ancienne, fait beaucoup d'éducation populaire ; le réseau Minga choisit de questionner la notion de relation commerciale dans son ensemble... Ces démarches ne sont pas contradictoires avec la nôtre, elles sont complémentaires. Nous refusons de les opposer.

3/ Max Havelaar France est un membre fondateur et très actif de la Plateforme du commerce équitable, le principal organisme de concertation en la matière, qui rassemble une grande partie des acteurs associatifs et économiques.

13. Que pensez-vous de l'apparition en France de nouveaux labels de commerce équitable ?

Le système Max Havelaar se fonde sur les standards internationaux du commerce équitable. Ces standards ont une haute exigence, notamment en termes d'appui aux producteurs, de stabilité de leur développement, etc. Si un autre label devait se créer avec ces mêmes exigences au minimum, nous n'aurions pas d'objections.

14. On dit que les producteurs certifiés gagnent en moyenne cinq euros de plus par mois. C'est très peu !

1/ Le but n'est pas de créer un marché complètement déconnecté du reste, et de créer des « poches de développement » artificielles.

2/ Le prix de FLO est calculé en concertation avec les producteurs pour couvrir le coût de production mais aussi le coût social de la famille du travailleur et le coût environnemental. C'est la condition pour que les producteurs sortent de la misère et de l'exploitation. Le prix minimum garanti apporte aussi une stabilité déterminante : en semant, les producteurs savent que même si les cours s'effondrent d'un mois à l'autre, leur récolte sera correctement payée.

3/ On constate fréquemment que quand des producteurs sont certifiés sur un marché local, l'effet du prix minimum garanti fait monter le niveau général des prix, et que même leurs voisins en profitent. Ceci a été confirmé en Bolivie par l'étude d'impact d'AVSF . On parle d' « effet levier ».

4/ Le commerce équitable n'est pas seulement une question de prix. C'est surtout un système de renforcement des organisations qui privilégie le respect de l'environnement, la transparence, la démocratie... Cela initie une dynamique de développement sur la durée qui profite à des communautés entières.

15. Les bénéficiaires du commerce équitable sont-ils vraiment les plus pauvres ?

FLO choisit systématiquement des filières problématiques où un besoin se fait sentir : exploitation des ouvriers, cours instables, problèmes d'accès au marché, manque d'infrastructures... Cependant, ils doivent au préalable s'organiser en des coopératives ou associations gérées de manière démocratique. C'est une condition indispensable pour que le commerce équitable ait une efficacité.

16. Le label ne risque-t-il pas de faire oublier que les problèmes se résolvent structurellement par des voies politiques ?

1/ On peut dire cela de l'action de toutes les ONG. Oui, la vraie solution réside dans une régulation internationale. En attendant, il ne faut pas rester les bras croisés.

2/ Max Havelaar milite aussi à haut niveau pour plus d'humanité dans le commerce. Frans Van der Hoff, son fondateur et les représentants d'associations nationales prennent la parole dans les sommets de l'ONU, de l'OMC. Max Havelaar France s'engage aussi en participant à des actions collectives d'ONG telles que la Coordination Sud. À travers leur bureau de lobbying commun à Bruxelles, les grandes fédérations de commerce équitable, dont FLO, plaident pour un commerce international plus juste.

3/ Son action est une action pilote qui montre que d'autres formes de commerce sont possibles.

17. Les producteurs ne devraient-ils pas plutôt se consacrer à des cultures vivrières qui pourraient résoudre les problèmes de nutrition, plutôt qu'à des cultures de rente comme le café ?

1/ Une culture de subsistance n'est pas suffisante afin de sortir de la misère. Des besoins essentiels doivent être remplis : santé, hygiène, éducation...

2/ Nous travaillons avec des populations qui cultivent déjà des produits agricoles d'exportation. Cette matière agricole première est souvent leur seule source de revenu. Nous avons fait le choix de les aider à vivre de leur travail à partir de ce qu'ils savent faire.

3/ Grâce aux retombées économiques du commerce équitable, les producteurs développent des cultures et activités de complément.

18. Max Havelaar France a-t-elle obstrué les négociations à l'Agence française de normalisation ?

1/ Nous avons veillé à ce que la définition française ne fasse pas abstraction des expériences et du savoir-faire déjà accumulé en la matière par les quatre grandes fédérations au niveau international ayant abouti à la définition internationale du commerce équitable déjà existante. Il aurait été étrange de réinventer en France le commerce équitable.

2/ Le décret publié par le gouvernement va selon nous dans le bon sens, avec la création d'une commission nationale d'agrément. Elle laisse la place à une diversité d'approches tout en prévenant les dérives : en effet, les acteurs économiques ne peuvent pas devenir organisations de commerce équitable.

19. Pourquoi Max Havelaar France investit-elle autant en communication ?

1/ L'un des buts de Max Havelaar France est de faire connaître le commerce équitable auprès du grand public. La communication est un travail qui a des retombées indirectes, mais incontestables, non seulement sur son propre développement qui génère des débouchés aux producteurs du Sud, mais aussi sur le développement du commerce équitable en général, dont la notoriété est passée de 56% à 74% entre 2004 et 2005. Ceci draine non seulement des consommateurs vers des achats éthiques, mais ceci amène aussi des citoyens à s'interroger sur les enjeux du commerce international.

2/ Une grande partie de la communication de Max Havelaar France fonctionne sur ce qu'on appelle du « gracieux ». Par exemple, l'agence de publicité, les afficheurs et diffuseurs qui rendent possible notre campagne de sensibilisation travaillent gratuitement. C'était aussi le cas de Benoît Parnaudeau, skipper du bateau « Max Havelaar » sur la course nautique du Vendée Globe 2004.

20. Tous les produits labellisés sont-ils entièrement composés de produits équitables ?

1/ La règle générale est de 50% minimum de produits équitables, sachant que tous les ingrédients dont les filières sont disponibles en équitable doivent être utilisés. Par exemple, pour faire du chocolat au lait, on ne peut pas utiliser 100% de produits équitables parce que le lait ne fait pas partie des filières certifiées. Cependant, c'est le cas du cacao et du sucre qui doivent obligatoirement être issus de filières certifiées pour que la tablette soit labellisée.

2/ Les réalités sont différentes selon les produits : si un produit complexe comme un produit de beauté ou un oreiller ne peuvent être 100% équitables, leur mise sur le marché offre pourtant des débouchés pour de nouveaux producteurs.

21. Pourquoi les producteurs doivent-ils payer leur certification ?

Les organisations de producteurs paient 250¤ au moment de leur certification. Ensuite, elles paient les visites de contrôle annuelles dont le coût dépend de leur taille. Ce n'était pas le cas au départ du système. C'est la norem ISO 65 qui l'impose comme unhe garantie d'indépendance. Afin d'aider les petites organisations de producteurs qui ne pourraient pas payer cette somme, deux fonds de certification ont été mis en place, l'un à FLO, l'autre à Max Havelaar France.

22. Le commerce équitable importe des produits de pays lointains et consomme des transports pour des motifs futiles comme les fleurs. Ne faut-il pas plutôt relocaliser l'économie ?

1/ On ne peut pas stopper à court terme les marchés internationaux, mais on peut commencer à y introduire plus d'équité.

2/ Le label est apposé sur des produits déjà largement consommés. Il n'incite pas à consommer davantage, mais à consommer différemment. Il offre simplement un moyen de garantir un meilleur échange pour les travailleurs.

3/ Les produits proviennent d'exploitations qui ont pris l'engagement de respecter les standards environnementaux très exigeants au niveau local.

4/ Faire pousser des produits sous serres en Europe demande une consommation intensive d'énergie, qui est supérieure à celle utilisée par le transport depuis le Sud. Deux études universitaires, l'une suisse et l'autre néerlandaise, le confirment.

source

FAQ en version PDF

# Posté le vendredi 26 mai 2006 14:44