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Un label officiel pour le commerce équitable

La création d'une appellation d'Etat inquiète les associations de commerce équitable qui craignent que les grandes enseignes n'en profitent.

C'est désormais la mention «reconnue par la CNCE» qui apportera une caution officielle aux différents «labels» du commerce équitable. Attribuée par une Commission nationale du commerce équitable (CNCE), cette appellation d'Etat est conçue pour clarifier le flou juridique existant. Mais elle ne rassure pas forcément les associations de commerce équitable, dont certaines étaient invitées mercredi au Ministère du Commerce pour la présentation du projet. La plupart craignent que la grande distribution ne s'empare d'un marché en pleine expansion.

Car si les filières de distribution sont, en tant que telles, exclues de la labellisation, rien ne les empêche de créer leur propre certification, de la faire approuver par la commission pour pouvoir l'apposer sur leur ligne de produits équitables. «Des industriels risquent ainsi de lancer leur propres labels en «collant» aux critères de la commission, mais sans se soucier réellement d'aider les pays en développement», déplore Victor Herreira, le directeur de Max Havelaar France. Qui redoute de devoir partager son statut de label n°1 avec d'autres structures.
Pour les dirigeants de la marque de commerce équitable Alter Eco, la levée de boucliers probable des associations face à ce type de projet découragerait au contraire les grandes enseignes de se lancer dans l'aventure: «Des hypermarchés comme Carrefour ou Leclerc n'ont pas intérêt pour leur image à se mettre à dos des institutions comme Max Havelaar», précise Alexis Krycève, directeur général d'Alter Eco,«D'autant que le fait de passer par des labels existants n'empêche pas de vendre les produits équitables à un prix parfois inférieur aux produits classiques, comme c'est le cas chez Auchan par exemple.» Mais la polémique est lancée. Si la plupart des grandes enseignes commercialisent déjà leurs propres marques sous le label Max Havelaar, créer leur propre étiquette permettrait de fait d'économiser des coûts en amont. Selon Laurent Levard, directeur d'Artisans du monde, «les dirigeants de Leclerc se sont récemment plaints auprès de certains de leurs fournisseurs de produits équitables que les prix qu'ils pratiquaient étaient encore trop élevés, et que s'ils ne les baissaient pas, ils envisageraient de lancer leur propre filière».

En attendant, dans un premier temps, le consommateur pourrait bien n'être guère plus avancé. En effet si le label d'Etat sera clairement mis en évidence sur les produits concernés, la loi ne pénalise pas l'utilisation du terme d'équitable et de ses dérivés pour les produits qui ne porteront pas de label reconnu par la CNCE (contrairement par exemple à l'appellation «Bio», dont l'emploi abusif est interdit). Les produits intitulés «éthiques», «responsables» ou «équitables» dont la provenance est plus ou moins douteuse pourront donc continuer à proliférer parallèlement aux autres. «Au début ça va être le flou, c'est sûr, concède Anne-Laure Chevron, responsable de la société équitable Yamana. Mais on espère que l'appellation officielle prendra progressivement le pas sur les autres dans l'esprit du consommateur.»

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# Posté le jeudi 11 mai 2006 00:49

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