Le boom du "commerce équitable"

Le boom du "commerce équitable"
Le "commerce équitable" est à la mode: on boit équitable, on mange équitable. Mais au fait, de quoi s'agit-il ?

De plus en plus, on trouve en grande surface des produits garantis "commerce équitable": café, thé, chocolat, jus de fruits, vêtements en coton... Des produits souvent vendus avec le label "Max Havelaar".

Principe: cette forme de commerce garantit un prix minimal à des petits producteurs (en général du Tiers Monde) regroupés en coopératives.

Un prix plus rémunérateur que les cours mondiaux. En moyenne, un producteur de café dit « équitable », produit le plus courant vendu sous cette estampille, touche 0,62 euro pour un paquet de café. Contre 0,15 euro pour un producteur qui traite avec le circuit commercial ordinaire.

En échange de ce prix minimal, les paysans s'engagent à fournir un produit de qualité (et souvent bio) vendu sans intermédiaire à un importateur qui l'écoule auprès des consommateurs occidentaux. Dans le même temps, les coopératives réalisent des projets collectifs: routes, écoles... Un concept que les Anglo-Saxons résument par la formule lapidaire: "Fair Trade, not Aid", que l'on pourrait presque traduire par "du commerce équitable, pas l'aumône".

L'idée séduit les consommateurs. Notamment ceux qu'on appelle les « alterconsommateurs » et qui entendent acheter différemment. Résultat : les ventes de produits « équitables », de plus en plus distribués en grande surface, explosent. Entre 2003 et 2004, le chiffre d'affaires d'Alter Eco, une des entreprises du secteur, a ainsi presque doublé, passant de 2,3 millions d'euros à 4,5 millions.

Pour autant, le concept n'est-il pas aussi une idée marketing, notamment de la part de la grande distribution, pour toujours et encore faire sortir leur portefeuille à des clients à qui l'on donne ainsi bonne conscience... ? Enquête.

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23 Decembre 2005
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# Posted on Thursday, 11 May 2006 at 1:35 AM

Le gouvernement dévoile son dispositif sur le commerce équitable

Le gouvernement dévoile son dispositif sur le commerce équitable
Le gouvernement dévoile mercredi son dispositif de reconnaissance officielle des acteurs du commerce équitable, qui vise à mieux rémunérer les producteurs des pays en développement, mais est pratiqué diversement par les multiples associations qui s'en prévalent.

Dans une loi du 2 août 2005 sur les PME, le gouvernement avait déjà donné une définition officielle du commerce équitable, qui "organise des échanges de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement", afin d'assurer "le progrès économique et social de ces producteurs".

Mercredi, le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat, Renaud Dutreil, devrait présenter en Conseil des ministres les textes d'application de cette loi, a-t-on appris de source proche du dossier, afin de mettre un peu d'ordre parmi les centaines d'associations, marques ou magasins qui se revendiquent du commerce équitable, pas toujours à bon escient, ce qui risque à la longue de décourager les consommateurs.

Il précisera le même jour devant la presse les critères communs retenus pour ces échanges, et annoncera la création d'une Commission nationale du commerce équitable, chargée de reconnaître officiellement les acteurs de ces échanges.

M. Dutreil sera accompagné d'une dizaine de petits producteurs du Sud et de représentants des principales organisations de commerce équitable et de consommateurs, précise le ministère dans un communiqué.

La France est "aujourd'hui le premier pays développé à reconnaître la place et le rôle du commerce équitable dans sa législation et à mettre en place, au bénéfice des consommateurs comme des producteurs des pays en développement, une garantie crédible de respect des conditions du commerce équitable", fait valoir le ministère.

Pourtant, ce dispositif ne va pas jusqu'à "labelliser" des organisations de commerce équitable. Il accorde une simple "reconnaissance" officielle, à partir des travaux menés par l'Association française de normalisation (Afnor) avec les acteurs concernés, qui ont donné lieu à de houleuses discussions.

Reste encore à savoir si le gouvernement reconnaîtra parmi les acteurs du commerce équitable les enseignes de distribution, comme le craignent certaines associations.

La présentation de ce dispositif intervient au moment de la Quinzaine du commerce équitable, lancée samedi jusqu'au 14 mai par la Plate-forme du commerce équitable, qui réunit une trentaine d'organisations.

Goutte d'eau dans les échanges mondiaux, ce commerce est pourtant en plein essor. En France, les ventes de produits labellisés Max Havelaar, "poids-lourd" du secteur, ont décuplé en quatre ans, pour représenter 120 millions d'euros en 2005, contre 12 en 2001.

Mais le commerce équitable est pratiqué différemment selon les associations ou enseignes de distribution qui s'en prévalent.

La Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a relevé entre fin 2004 et début 2005 des "anomalies" dans ces échanges, déplorant des "démarches très diverses" et pas toujours formalisées.

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3 Mai 2006

# Posted on Thursday, 11 May 2006 at 1:33 AM

Commerce équitable : la confusion règne

L'ouverture de la septième édition du commerce équitable, du 29 avril au 15 mai, a mis à jour la zizanie qui règne entre organismes certificateurs et certaines associations.

Le commerce équitable s'inscrit dans une démarche tendant à impulser un changement de conscience et de comportement du consommateur, au même titre que le développement durable ou le Bio. Le message est simple : devenez un « consom'acteur » grâce à un acte d'achat citoyen qui soutient des groupements de producteurs des pays du Sud. Seul repère d'achat éthique, le label devient la caution et le repère du respect de la charte émise entre l'entreprise qui commercialise et les groupements de producteurs. Et c'est autour de cette notion de label que la confusion, pour ne pas dire plus, s'installe dans l'univers de l'éthique. À un label correspond une définition et la démultiplication des labels ouvre le champ à une multiplication de ces définitions.

L'ouverture de la septième édition du commerce équitable, du 29 avril au 15 mai, a mis à jour la zizanie qui règne entre organismes certificateurs et certaines associations qui viennent de quitter la PFCE (Plate-forme du commerce équitable) en créant comme Azimuts-Artisans du Népal leur propre label, Transparent trade (www.transparent-trade.org). Et l'association ne fait pas dans la dentelle pour expliquer son départ de la plate-forme : « Le commerce transparent est une réponse à la dénaturation et à la banalisation du commerce équitable, et à son utilisation sans aucune garantie ni traçabilité ». Ce ne sont pas les seuls à quitter le vaisseau amiral qu'est la PFCE. Le premier réseau de commerce de proximité, Artisans du monde, (www.artisansdumonde.org), vétéran du commerce équitable, fort de ses 160 points de vente, et l'association Minga (www.minga.net) sont également en rupture de ban. Les raisons de cette rupture peuvent se synthétiser en deux reproches majeurs.

1. Le premier concerne l'association Max Havelaar, accusée d'avoir « mis la main sur la plate-forme ». Il est vrai que le représentant en France de l'ONG Fairtrade Foundation, représente en France 80% du chiffre d'affaires du commerce équitable. En 1997, Max Havelaar est à l'origine de la plate-forme, mais la quinzaine organisée cette année (bus, jeu, guide, événements), qui devrait être sous logo de la plate-forme, se retrouve très marquetée Max Havelaar. On peut comprendre la grogne des autres associations partenaires. Grogne qui vient de trouver le soutien du Conseil de la concurrence, s'inquiètant, sans citer personne, que « des organismes suppriment la concurrence entre eux en créant un référentiel dominant ». Très orientée sur les produits agro-alimentaires (café, banane, thé...) , Max Havelaar concentre son action vers la grande distribution, là où se commercialisent 85% des biens de consommation courante. D'où un chiffre d'affaires des produits estampillés MH passé de 18 millions d'euros en 2001 à 120 millions en 2005.

2. La grande distribution, voilà le second reproche de fond fait à la plate-forme par les dissidents, puristes. Le plus véhément est certainement Michel Besson, le directeur de l'association Minga, pour qui « le commerce équitable, c'est de l'équité tout au long de la chaîne, du producteur au distributeur ». Pour lui, les chaînes de grande distribution représentent le symbole de la surconsommation et de l'exploitation de salariés sous-payés. Propos repris en écho par Artisans du monde, pour qui ces réseaux ne peuvent en aucun cas être représentatifs de l'acte équitable. Surtout lorsque des enseignes comme Carrefour créent leur propre label, Agir solidaire, ou lorsque un groupe comme Kraft Foods lance une gamme éthique très marquetée et très contreversée, « Un café pour agir », qui ne garantit pas un prix minimum aux cultivateurs.

Le développement de ces pratiques ne peut que créer la confusion et montre l'urgence de créer une véritable norme, un véritable "repère consommateur" où ne viendront pas s'engouffrer tous les opportunistes de la planète. Comme vient de le confirmer le rapport du Conseil de la concurrence (avis N°06-A-02 du 22 mars 2006) la loi devrait « établir des critères objectifs, clairs et non discriminatoires pour garantir la démarche du commerce équitable ». Confusion des labels et des promesses, stratégies et philosophies de la « famille » en opposition, voilà le commerce équitable plongé dans le marigot économique sur la base d'une question simple : le commerce éthique doit-il rester une niche de consommation entre gens de bien, ou au contraire se concentrer là où les Français font leurs achats, en essayant de les orienter vers les produits éthiques et en faisant tout pour verrouiller les dérives ?

C'est ce second choix qu'a fait, entre autres, la société Alter Eco (altereco.com), en se positionnant comme une référence permanente de commerce éthique en grande surface. Une idée ambitieuse et solidaire : le commerce équitable doit convaincre un maximum de Français. Le dernier baromètre Malongo TNS Sofres de mars 2006 nous dit que 72% de nos concitoyens ne se sentent pas concernés en termes d'achat, 23% achètent ces produits occasionnellement lorsqu'ils les trouvent, et seulement 5% les cherchent en priorité. Et si on se mettait à rêver d'inverser les tendances ?

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2 Mai 2006
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# Posted on Thursday, 11 May 2006 at 1:31 AM

Les cotonniers burkinabés se tournent vers le commerce équitable

Les cotonniers burkinabés se tournent vers le commerce équitable
« Afrique, le commerce équitable »
Production : RTBF (52', année 2005)


Favoriser le développement durable

En 1964, Oxfam, une Organisation non gouvernementale (ONG) britannique, crée les premières « boutiques du monde ». Ces boutiques, qui ont pour slogan « du commerce, pas de l'aide » sont associées avec des producteurs de l'hémisphère Sud. On y vend des produits artisanaux en provenance des pays en voie de développement, le principe étant de pratiquer un commerce « social » et de favoriser le développement durable de ces pays. Les ONG veulent ainsi, en évitant les taxes des intermédiaires, payer les ouvriers et lesartisans au juste prix de leur travail. Cela leur permet d'avoir un certain poids dans les échanges internationaux. L'opération récolte un certain succès, et de plus en plus d'ONG canalisent leurs efforts dans le commerce équitable. Les boutiques labellisées se multiplient lentement mais sûrement. Aujourd'hui, la majorité des boutiques labellisées se trouvent en Europe, dont une centaine en France.

Les importateurs s'engagent à rémunérer les producteurs selon leurs besoins

A l'intérieur de ces boutiques, on trouve du café, du cacao, des bananes ou encore des produits artisanaux, comme dans nombre de magasins ou de grandes surfaces. Mais les entreprises ou les structures qui entrent dans le cadre du commerce équitable veillent à respecter un engagement précis. Les importateurs et les producteurs signent un contrat ensemble. Les importateurs s'engagent à rémunérer les producteurs en fonction de leurs besoins et ceux de leurs familles et à garantir l'efficacité de leur protection sociale. En contrepartie, les producteurs s'engagent à assurer la qualité deleurs produits et à respecter les délais de livraison ainsi que l'environnement. Ainsi, le commerce équitable leur permet de bénéficier de revenus aux 2/3 supérieurs à ceux des producteurs issus du commerce traditionnel. Le concept se développe surtout en Afrique subsahariene et en Amérique du Sud. Du café du Pérou au coton du Burkina Faso, de plus en plus de produits disponibles à la vente sont ornés du petit autocollant portant l'un des labels du commerce équitable.


La Charte du commerce équitable


Les entrepreneurs qui signent la Charte du commerce équitable sont bien conscients que leur objectif ne peut se limiter au profit à tout prix. En effet, alors que la mondialisation entraine une chute des prix du marché en Occident, notamment en ce qui concerne l'alimentaire, il n'est pas possible pour les entreprises de payer les producteurs à un prix décent, de privilégier la qualité à la quantité tout en suivant cette baisse de prix. C'est pourquoi les prix des produits disponibles dans les boutiques labellisées « commerce équitable » sont souvent légèrement supérieurs à ceux présents dans le commerce traditionnel.

Les objectifs

Les objectifs du commerce équitable sont avant tout de défendre les droits de l'Homme et d'améliorer les revenus des producteurs défavorisés en leur garantissant un meilleur prix d'achat que ceux proposés par le commerce traditionnel. Par ce biais, les initiateurs de la démarche souhaitent également protéger les enfants de l'exploitation et de l'esclavage. L'objectif final est de sensibiliser les consommateurs aux méfaits de la mondialisation afin de pouvoir un jour modifier les règles du commerce international.Quelques chiffres
Aujourd'hui, près de 800 000 familles de producteurs dans le monde sont des partenaires du commerce équitable. Cela représente plus de 5 millions de personnes à travers 45 pays. Les régions concernées sont principalement l'Afrique subsaharienne, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud.
Le chiffre d'affaire du commerce équitable représente environ 400 millions de dollars, soit moins de 0,01 % du commerce mondial. L'Europe est le continent le plus concerné par cette démarche. On y trouve 2 500 des 3 000 boutiques labellisées, la Suisse étant le pays ou l'on consomme le plus « équitablement ».

Du côté des consommateurs

Le commerce équitable a largement favorisé la vie des producteurs locaux impliqués, en leur permettant de vivre dans des conditions acceptables touten respectant leurs droits économiques, sociaux et culturels. Du côté du consommateur, en France notamment, cette pratique prend une certaine ampleur. Lentement mais sûrement, la démarche séduit de plus en plus. Les Français sont aujourd'hui 35 % environ à connaître les enjeux du commerce équitable. D'après un sondage IPSOS, le taux de notoriété du commerce équitable atteignait quelque 75 % de consommateurs en 2005. La majorité d'entre eux n'est pas opposée à cette idée mais, en cette époque de foisonnement de magasins discount, il reste difficile d'accepter l'idée de devoir dépenser plus pour un produit quasiment identique. Le choix du consommateur est presque un acte militant.

Les détracteurs du commerce équitable


Les opposants au commerce équitable reprochent à ses partisans de vouloir nuire aux principes du libre échange. En effet, s'ils n'ont rien contre le fait de payer plus cher un produit dans l'espoir d'aider les producteurs les plus démunis, ilsréfutent l'idée que le prix du marché n'est pas « juste » et qu'il faille l'augmenter.
Par ailleurs, ils accusent une partie des « consommateurs équitables » d'exiger cartains prix qui ne devraient dépendre, selon eux, que de la loi du marché. Enfin, les détracteurs du commerce équitable considèrent ce principe comme une utopie dont le chiffre d'affaire, qui ne représente même pas 0,01 % des échanges internationaux, n'inversera jamais la tendance des inégalités Nord-Sud.

source
Novembre 2005

PS: Notez que le film est visible à l'adresse de la source.

# Posted on Thursday, 11 May 2006 at 1:28 AM

http://critiquecommerceequitable.blogspot.com/

Devant la béatitude affichée par un grand nombre face aux arguments développés par les intervenants du commerce équitable (Max Havelaar, Artisans du Monde, Minga, etc.) qui ressemblent plus à de la communication qu'à une réelle information, il me semble important de souligner les aspects criticables, voire pervers, de cette nouvelle marotte.
Le nouveau "consommateur" serait-il dénué de tout esprit critique pour que ce sujet soit à ce point consensuel ? Plusieurs points méritent interrogation.

1/ Notion de valeur ajoutée


Bizarrement, cet aspect est totalement occulté par les promoteurs du commerce équitable et on peut comprendre pourquoi : en effet, la richesse produite par ce type de commerce profite encore une fois largement aux pays du Nord. Pourquoi ? Tout simplement parce que la transformation, la commercialisation et la distribution sont effectuées par des entreprises qui ont une activité dans ces pays. A aucun moment, la chaîne des intermédiaires n'est remise en cause. Interrogez-vous lorsque vous achetez un produit issu du commerce équitable pour savoir quelle est la part qui revient réellement au producteur local.
La réalité est la suivante : les militants du commerce équitable se gargarisent des dizaines de millions de dollars dégagés par leur activité, certains d'entre eux déclarent 500 millions de dollars de chiffre d'affaires. Sur ces 500 millions, ne reviennent aux producteurs que 40 millions de dollars. D'après les intervenants, cela concernerait environ 550 000 paysans, soit 72 dollars par an et par paysan, soit 5 euros par mois. Génial ! ...
Et de toute façon, le producteur n'a pas vraiment le choix et sera toujours prêt à accepter cette aumône plutôt que rien (cela ne veut pas dire qu'il faille continuer à l'encourager).

2/ Poids du commerce équitable

En 2003, le produit le plus "travaillé" par le commerce équitable était le café : 19 000 tonnes sur les étalages des pays consommateurs. La récolte annuelle de café tourne autour de 6,5 millions de tonnes. Le commerce équitable ne représente donc que 0,30 % du marché. Autrement dit et contrairement à ce que l'on nous rabâche, cela ne pèse rien au regard du marché. Les acteurs voudraient nous faire croire qu'ils vont changer la face du monde et que le commerce équitable pourrait être une alternative au commerce mondial actuel. On peut s'interroger ! Nestlé, Kraft Jacobs Suchard, Sara Lee, etc. puissantes multinationales de la torréfaction et du café doivent commencer à trembler !...
Là se situe l'escroquerie intellectuelle qui voudrait nous faire croire que le commerce équitable va bouleverser le commerce internationale. Le problème est ailleurs.
(Ces données proviennent de l'ouvrage de Jean-Pierre Boris, "Commerce inéquitable - le roman des matières premières" paru aux éd. Hachette).

3/ Contrôle ?

On a beau dire et répéter que des organisations internationales réalisent des contrôles, je constate qu'en France, aucun contrôle n'est à ce jour réalisé par un organisme indépendant.
Une tentative a été faite par l'AFNOR de réunir les intervenants de la filière pour mettre au point une norme, tentative qui s'est soldée par un échec puisque certains, de par leur position hégémonique, ont empêché toute possibilité de normalisation.
On voudrait nous faire croire aujourd'hui qu'un projet de loi règlera la situation.
Demandez à l'occasion la traçabilité d'un produit dans une boutique Artisans du monde (qui a acheté ? à quel prix ? à quel fournisseur ? dans quelles conditions ?), vous risquez d'être surpris par la réponse, qui pourra aller de l'absence de réponse à une agressivité à votre égard (quoi ? vous ne nous faites pas confiance ?)...
Comment peut-on contrôler les milliers de produits que distribue maintenant Artisans du monde ? Qui contrôle la filière textile ? Comment sont organisés ces contrôles ? Etc.

4/ Subventions

Comme pour beaucoup d'associations, Max Havelaar (statut associatif en France), Artisans du monde et d'autres, ce statut donne la possibilité de faire la chasse aux subventions diverses et variées (municipalités, conseils régionaux et généraux, ministère du développement, communauté européenne). Les acteurs du commerce équitable ne se privent pas d'exercer un lobbying pressant afin d'avoir leur part. À quoi servent ces subventions ? Quel en est le montant ? Encore une fois, le manque de transparence est total.
Là se pose la question de l'efficacité économique : sans ce statut associatif, le système serait viable à la seule condition d'augmenter les prix de façon importante, ce qui entraînerait vraisemblablement une diminution des ventes car le consommateur n'est pas prêt à acheter son paquet de café 50 % plus cher que le prix du marché.

5/ Problème de fond

Il serait préférable que le lobbying s'exerce afin d'essayer de régler le problème de fond, qui est une question de politique internationale. Qui gère les cours du café ? les stocks ? quelle est l'implication des producteurs ?
Pourquoi ne pas envisager de ristourner au paysan producteur une partie des taxes prélevées par les états consommateurs sur les bénéfices des grandes multinationales de la torréfaction ? Cet argent serait redistribué par un fonds commun (qui existe déjà et dont c'est la vocation). Cela demande une volonté politique. C'est plus compliqué que de boire un café équitable au bar de l'Assemblée nationale ou ailleurs...
C'est assez consternant de voir des municipalités acheter des produits équitables et en faire la promotion alors que d'autres problèmes plus urgents et plus importants se posent à elles (logement, cantines scolaires, gestion des déchets, etc.), mais c'est tellement dans l'air du temps que cela en devient presque un argument électoral.
On peut aussi s'interroger sur la réflexion profonde de ces équipes municipales.

6/ Organisation et partenariats

Réfléchissez ou informez-vous sur la structure du commerce équitable. Notamment en ce qui concerne Artisans du monde qui part d'une multitude d'associations locales indépendantes les unes des autres pour remonter vers une fédération. Chaque association verse une cotisation à la fédération (quel montant ?), la fédération est elle-même membre de la société anonyme Solidar'monde (au capital social de 750 000 euros).
S'agissant de la Plateforme du Commerce équitable (PFCE), on trouve des structures capitalistes (sociétés anonymes, à responsabilité limitée) qui se sont elles-mêmes auto-labellisées "commerce équitable" et dont l'objectif premier reste de faire des profits.
De même qu'il est surprenant de voir aujourd'hui Artisans du monde et Max Havelaar partenaires d'une même structure, alors que le message et la stratégie sont totalement différents.
Est-ce la vocation d'une association de faire du commerce son activité principale ? N'est-ce pas une perversion du statut ? N'est-ce pas une forme de concurrence inéquitable vis-à-vis d'autres commerces indépendants (qui sont assujettis aux charges afférents à une activité commerciale, qui n'ont pas droit à des subventions ni à des emplois aidés, et encore moins d'employer des bénévoles) ? Les bénévoles d'Artisans du monde devraient se poser la question de savoir à qui profite leur main-d'oeuvre gratuite. On en revient donc à l'efficacité économique.

7/ Impact sur les populations locales


Aucune étude n'est jamais publiée sur l'impact du commerce équitable sur des communautés qui travaillent dans cette filière.
Cependant certaines critiques commencent à apparaître sur la perversité du système : par exemple, ce système tend à favoriser une culture d'exportation vers le Nord au détriment de cultures vivrières. Cela peut créer des ruptures sur les équilibres alimentaires des pays du Sud. Pour atteindre une meilleure productivité, on introduit des appareils motorisés (type tracteurs) ce qui provoque des déséquilibres dans des milieux écologiques fragiles. L'exemple type est l'accentuation de la culture du quinoa dans les Andes boliviennes. La Bolivie, entre autres, exporte de plus en plus de quinoa "bio" "équitable" sous la pression de la filière équitable et est contrainte d'importer du riz et des pâtes ...
Les populations locales, souvent trop heureuses d'avoir trouvé un "créneau", s'en contentent et ne créent pas de dynamique collective de changement. Elles ne vont pas au-delà de la survie, comme paralysées par ce petit plus.
Ces remarques ne sont pas exhaustives, on pourrait en écrire encore beaucoup.
A chacun de réfléchir à sa propre implication dans ce phénomène de mode.

source
1 Janvier 2006

Références intéressantes :
- Virginie Diaz Pedregal "Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ?", disponible sur http://developpementdurable.revues.org/document1644.html
- Jean-Pierre Boris "Commerce inéquitable - le roman noir des matières premières", éd. Hachette, mai 2005 (pp. 171 à 179 "le mirage équitable")
- Silvia Pérez-Vitoria "Les paysans sont de retour", éd. Actes Sud, sept. 2005 (pp. 148 à 152 "Pour un commerce équitable ?")

# Posted on Thursday, 11 May 2006 at 1:19 AM