En plein boom, le commerce équitable affiche des chiffres de croissance à faire pâlir d'envie n'importe quel acteur économique.
Entre 2001 et 2005, la consommation de produits équitables a été multipliée par cinq dans le monde et par 10 en France, selon des données Max Havelaar. Rien qu'en France, en 2004, Max Havelaar, qui s'est autoproclamé certificateur officiel du commerce équitable en l'absence de système de garantie reconnu par les pouvoirs, a connu un taux de croissance de 87 %.
Pour Tristan Lecomte, PDG de l'entreprise Alter Eco, ce succès s'explique par le fait que « les consommateurs ne prennent plus seulement en compte la croissance économique ou le chiffre d'affaires des entreprises mais sont également soucieux de leurs prises de position sociales et environnementales ». De fait, le commerce équitable repose sur une idée simple et généreuse : ne pas laisser sur le bord du chemin les petits producteurs du Sud. En leur garantissant un prix d'achat minimum, les entreprises du Nord engagées dans une démarche équitable ont pour but de corriger les mécanismes du marché mondial très défavorable aux producteurs pauvres.
« Au début, le mouvement était empreint d'idéalisme, explique Rudi Dalvai, président de l'IFAT, l'une des principales fédérations internationales du commerce équitable, puis petit à petit nous avons appris à ne plus laisser le commerce derrière nous. »
De fait, depuis le milieu des années 1990, des dizaines d'associations et d'entreprises se sont lancées en France dans le commerce équitable. Aujourd'hui pourtant, il n'existe toujours pas de définition stricte voire officielle du produit équitable : dans une enquête menée en 2005, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a dénombré pas moins de 17 démarches différentes, tant en matière de seuil minimum d'ingrédients équitables nécessaires (pour certains le seuil est de 25 %, pour d'autres de 50 %) que d'engagements sociaux et environnementaux de la part des producteurs (certains opérateurs n'exigent rien des producteurs avec lesquels ils sont engagés) ! Pour tenter de s'imposer dans un domaine encore peu défriché, certaines organisations cherchent à mettre au point un cahier des charges de l'équitable. L'IFAT va lancer cet hiver en France sa marque FTO (Fair Trade Organization) destinée à garantir l'« équitabilité » d'une organisation, des producteurs jusqu'aux réseaux de distribution. Ecocert, l'organisme de contrôle du label de l'agriculture biologique, est de son côté sur le point de sortir un référentiel du commerce équitable portant sur les « échanges solidaires et responsables ». Quant à Yamana, une garantie pour l'instant cantonnée aux vêtements professionnels, elle cherche à définir une « certification » dans le prêt-à-porter.
Autant d'initiatives qui tentent de combler un manque et de contrer l'hégémonie de la marque Max Havelaar, qui a tenté de se faire passer partout dans le monde pour le label officiel du commerce équitable. Or cette ONG d'origine hollandaise, qui n'achète ni ne vend aucun produit, ne tire ses revenus que de la redevance payée par les entreprises engagées dans l'équitable. C'est sans doute cette quête financière qui l'a conduit à opérer des choix très controversés. Dès 2003, en Suisse, les restaurants Mac Donald's, une chaîne pourtant peu réputée pour l'équité de ses pratiques sociales, proposent un café certifié Max Havelaar. Un pas de plus a été franchi en novembre dernier, lorsque Max Havelaar choisit d'apposer sa garantie, en Grande-Bretagne, sur Partner's Blend, un café de la marque Nestlé. « Les multinationales nettoient leur mauvaise image avec le commerce équitable, déplore Rudi Dalvai. Je ne pense pas que Nestlé croie aux valeurs de ce type de commerce. » Mêmes réserves chez Tristan Lecomte : « Max Havelaar aurait dû demander à Nestlé un engagement progressif vers l'équitable. »
Le problème ne s'arrête pas là. En l'absence de législation stricte sur l'équitable, les géants de l'agroalimentaire s'engouffrent dans le filon. Chacun proposant sa propre certification comme c'est le cas pour le café, le produit phare de l'équitable. Le torréfacteur Douwe Egberts a désormais son code de conduite « équitable » baptisé Utz Kapeh, et les multinationales Nestlé ou Sara Lee ont défini le leur sous le sigle CCCC (Common Code for the Coffee Community).
Au printemps, Jacques Vabre, une marque de la multinationale Kraft Foods, a lancé en France un café « durable » garanti par l'ONG américaine Rainforest Alliance. Pour les acteurs historiques de l'équitable, ces initiatives, qui ne garantissent pas un prix minimum aux producteurs, viennent dénaturer les fondements du commerce équitable. Et réduire ce commerce à un simple coup marketing.
source
Entre 2001 et 2005, la consommation de produits équitables a été multipliée par cinq dans le monde et par 10 en France, selon des données Max Havelaar. Rien qu'en France, en 2004, Max Havelaar, qui s'est autoproclamé certificateur officiel du commerce équitable en l'absence de système de garantie reconnu par les pouvoirs, a connu un taux de croissance de 87 %.
Pour Tristan Lecomte, PDG de l'entreprise Alter Eco, ce succès s'explique par le fait que « les consommateurs ne prennent plus seulement en compte la croissance économique ou le chiffre d'affaires des entreprises mais sont également soucieux de leurs prises de position sociales et environnementales ». De fait, le commerce équitable repose sur une idée simple et généreuse : ne pas laisser sur le bord du chemin les petits producteurs du Sud. En leur garantissant un prix d'achat minimum, les entreprises du Nord engagées dans une démarche équitable ont pour but de corriger les mécanismes du marché mondial très défavorable aux producteurs pauvres.
« Au début, le mouvement était empreint d'idéalisme, explique Rudi Dalvai, président de l'IFAT, l'une des principales fédérations internationales du commerce équitable, puis petit à petit nous avons appris à ne plus laisser le commerce derrière nous. »
De fait, depuis le milieu des années 1990, des dizaines d'associations et d'entreprises se sont lancées en France dans le commerce équitable. Aujourd'hui pourtant, il n'existe toujours pas de définition stricte voire officielle du produit équitable : dans une enquête menée en 2005, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a dénombré pas moins de 17 démarches différentes, tant en matière de seuil minimum d'ingrédients équitables nécessaires (pour certains le seuil est de 25 %, pour d'autres de 50 %) que d'engagements sociaux et environnementaux de la part des producteurs (certains opérateurs n'exigent rien des producteurs avec lesquels ils sont engagés) ! Pour tenter de s'imposer dans un domaine encore peu défriché, certaines organisations cherchent à mettre au point un cahier des charges de l'équitable. L'IFAT va lancer cet hiver en France sa marque FTO (Fair Trade Organization) destinée à garantir l'« équitabilité » d'une organisation, des producteurs jusqu'aux réseaux de distribution. Ecocert, l'organisme de contrôle du label de l'agriculture biologique, est de son côté sur le point de sortir un référentiel du commerce équitable portant sur les « échanges solidaires et responsables ». Quant à Yamana, une garantie pour l'instant cantonnée aux vêtements professionnels, elle cherche à définir une « certification » dans le prêt-à-porter.
Autant d'initiatives qui tentent de combler un manque et de contrer l'hégémonie de la marque Max Havelaar, qui a tenté de se faire passer partout dans le monde pour le label officiel du commerce équitable. Or cette ONG d'origine hollandaise, qui n'achète ni ne vend aucun produit, ne tire ses revenus que de la redevance payée par les entreprises engagées dans l'équitable. C'est sans doute cette quête financière qui l'a conduit à opérer des choix très controversés. Dès 2003, en Suisse, les restaurants Mac Donald's, une chaîne pourtant peu réputée pour l'équité de ses pratiques sociales, proposent un café certifié Max Havelaar. Un pas de plus a été franchi en novembre dernier, lorsque Max Havelaar choisit d'apposer sa garantie, en Grande-Bretagne, sur Partner's Blend, un café de la marque Nestlé. « Les multinationales nettoient leur mauvaise image avec le commerce équitable, déplore Rudi Dalvai. Je ne pense pas que Nestlé croie aux valeurs de ce type de commerce. » Mêmes réserves chez Tristan Lecomte : « Max Havelaar aurait dû demander à Nestlé un engagement progressif vers l'équitable. »
Le problème ne s'arrête pas là. En l'absence de législation stricte sur l'équitable, les géants de l'agroalimentaire s'engouffrent dans le filon. Chacun proposant sa propre certification comme c'est le cas pour le café, le produit phare de l'équitable. Le torréfacteur Douwe Egberts a désormais son code de conduite « équitable » baptisé Utz Kapeh, et les multinationales Nestlé ou Sara Lee ont défini le leur sous le sigle CCCC (Common Code for the Coffee Community).
Au printemps, Jacques Vabre, une marque de la multinationale Kraft Foods, a lancé en France un café « durable » garanti par l'ONG américaine Rainforest Alliance. Pour les acteurs historiques de l'équitable, ces initiatives, qui ne garantissent pas un prix minimum aux producteurs, viennent dénaturer les fondements du commerce équitable. Et réduire ce commerce à un simple coup marketing.
source