Travailler dans le commerce équitable

Partenariat marchand fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, l'objectif du commerce équitable est de parvenir à une plus grande égalité dans le commerce mondial. Garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au sud de la planète, le commerce équitable, en plein essor, entraîne dans son sillon le développement de certains métiers.

Si le commerce équitable ne représente encore que 1 % du commerce français, il n'en demeure pas moins en constante progression depuis ces dernières années. Pour preuve, le chiffre d'affaires français de ce marché, estimé à 6 millions d'euros en 2000, a atteint 32 millions d'euros en 2003. Une évolution qui se remarque aussi auprès de la population française, dont seulement 9 % connaissait le terme de « commerce équitable » en 2000, contre 74 % en 2005 (enquête Ipsos). Donnant une autre dimension à l'idée de « commerce », ce nouveau marché inspire également de nouvelles vocations, où l'égalité des chances et la solidarité deviennent un véritable argument dans les choix professionnels. Ainsi, 70 % des étudiants déclarent qu'ils intégreront des critères éthiques dans leur future recherche d'emploi.

« En plus des bénévoles qui animent et gèrent les boutiques, nos salariés occupent des fonctions recouvrant notamment la commercialisation des produits, la recherche et le développement, la communication, l'éducation au commerce équitable et l'animation de l'association », explique Charlotte Dudignac, chargée de communication à la Fédération d'Artisans du monde, premier employeur français du secteur. Une palette de postes qui nécessitent un niveau minimal à bac +4, dans des domaines aussi larges que le commerce, le management, la communication ou les sciences humaines. « Pour travailler dans le commerce équitable, une expérience dans l'associatif ou un engagement humain significatif - préalable à une demande d'embauche - est également capital », précise Charlotte Dudignac. Un point de vue à ne pas négliger !

Offre croissante de formations

Pour répondre aux attentes des étudiants souhaitant s'investir par conviction dans une activité liée au commerce équitable, de nombreuses écoles et universités intègrent cette dimension à leur formation. Master « Management et Développement durable » pour HEC, troisième cycle Développement durable/Commerce équitable pour l'Université francophone internationale (UFI) de Lyon, master professionnel en « Gestion de la planète » à Nice, en « Environnement et Développement durable » à Perpignan... Les possibilités se font de plus en plus nombreuses.

Dans un autre ordre d'idée, l'entreprenariat dans le commerce équitable, qui touche aussi bien les salariés en reconversion professionnelle que les étudiants en fin de cursus universitaire, gagne du terrain. À Amiens par exemple, la société « Quatre Mâts Développement », qui propose une formation spécialisée dans la création d'entreprise en commerce équitable, remporte un tel succès qu'elle doit refouler certains candidats. Ajoutée à la plus forte croissance de produits labellisés « commerce équitable », dans le monde, la France devrait donc, dans les années a venir, étendre son réseau à de nouveaux acteurs... Affaire à suivre.

source
11 Avril 2006
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 11 mai 2006 01:14

COMMERCE ÉQUITABLE : LE GRAND BAZAR

La mondialisation est censée rapprocher les humains et abolir les distances. Elle a en fait imposé une distanciation entre les produits que nous consommons et la connaissance que nous pouvons avoir des acteurs de leur production.

Les ravages du néolibéralisme conduisent aujourd'hui les citoyens à rechercher des moyens de peser sur l'évolution de la société. L'orientation de notre consommation peut être un levier du changement. Ce n'est pas un hasard si à la violence des rapports marchands mondialisés, on oppose volontiers le commerce solidaire.

À la fin des années 1990, le concept de commerce équitable conquiert le grand public avec son produit-phare, le café. Très vite, tout produit se prête à sa version « équitable ». L'équitable devient tendance. Il est très vite récupéré par des marchands de bonne conscience, n'hésitant pas à le marchandiser pour en faire un outil de leur prospérité financière. Une sorte de nouvelle « nouvelle économie ».

Mais qu'est ce que l'équitable ?

Son concept repose sur un triple engagement, celui des producteurs et des consommateurs arbitré par de nouveaux intermédiaires : les « acteurs » de l'équitable.

Le principe ? Les consommateurs paient « un peu plus cher » un produit acheté à un prix supérieur aux cours mondiaux pour assurer un revenu décent aux petits producteurs du Sud. Les acteurs veillent au respect des normes sociales et environnementales.

En théorie, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes...

Initié par le militantisme citoyen, largement instrumentalisé par les bureaux de marketing, le commerce équitable a été récupéré par les marchands d'illusion.

En se donnant à la grande distribution et à quelques transnationales, les adeptes de la marchandisation de l'équitable ont ouvert la boîte de Pandore.

Comment ne pas s'étonner face à la liste des leaders de l'équitable :

Accor, MacDo, Dagris, Nestlé, Starbucks... sans oublier Leclerc et les réseaux de la grande distribution. Tous ensemble... unis pour l'équitable. Tous partenaires commerciaux d'un certain Max Havelaar qui se prétend l'inventeur du commerce équitable.

Mais qu'en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ?

Les organisations relais et entreprises qui font de l'équitable tiennent-elles leurs engagements ? Qui est vraiment gagnant ?

Répondre à ces questions, c'est éclairer d'un jour cru un aspect que certains « commerçants de la bonne conscience » aimeraient tenir secret.

Les défaillances de la mémoire collective conduisent souvent à exagérer l'originalité de notre présent, écrivait Jean Noel Jeanneney [1] dans les colonnes du Monde en 1987 [2]. Une remarque qui s'appliquerait à la lettre au commerce équitable.

Les battages publicitaires laissent aujourd'hui accroire que le commerce équitable serait né sous l'égide du prêtre Frans van der Hoff et de la marque Max Havelaar [3], qu'il a fondée avec son complice Nico Rozen en 1988.

Il n'en est rien. Le commerce équitable existait bien avant qu'il ne soit récupéré comme un outil marketing de plus au service des manipulateurs d'opinions. Aristote, au troisième siècle avant Jésus-Christ, ne s'interrogeait-il pas sur l'équité et l'équitable [4] ? Souvent revisitée, parfois même révisionnée à des fins purement commerciales, l'histoire du mouvement équitable en France, est sans doute la plus méconnue de tout le continent européen.

Elle commence au tout début des années 1970, à l'initiative d'Henri Groués, né le 5 août 1912 à Lyon, éternel révolté et infatigable combattant contre la misère.Un véritable personnage de légende, couvert été comme hiver de son inséparable béret basque et vêtu de cette longue cape noire qu'on a l'impression de lui avoir toujours connue.

En France, le commerce équitable... c'est l'Abbé Pierre, aussi ! Et ce,bien avant que des produits dits équitables ne s'exhibent sur les rayons de nos supermarchés...

Nous sommes en décembre 1970. La guerre civile éclate au Pakistan. La scission du pays va donner naissance à l'un des Etats les plus pauvres de la planète : le Bangladesh. Ravagé par la guerre, le pays connaît de plus des inondations catastrophiques.

En novembre 1971, l'Abbé Pierre lance son fameux « appel aux communes de France », demandant à chacune d'elles de se jumeler avec une commune du Bangladesh. Des dizaines de comités communaux se forment alors. Visionnaire, l'Abbé Pierre finance l'aide aux peuples sinistrés de trois façons :

- 1. Fort de l'expérience acquise avec ses « compagnons » - les fameux Chiffonniers d'Emmaüs - il intensifie le ramassage d'objets rejetés par la société de consommation qui seront revendus dans les boutiques des communautés, en une application très concrète de la décroissance avant l'heure.

- 2. Il organise la vente de produits de l'artisanat du Tiers-Monde ce qui débouchera, quelques années plus tard, sur la création de la toute première boutique Artisans du Monde (1974). Le commerce équitable déjà !

- 3. Il va plus loin encore en lançant un appel à la générosité publique concrétisée par son fameux "impôt volontaire de 1%" qu'il invite à payer spontanément. On ne parle pas encore de taxe Tobin mais dès 1971, pour l'Abbé Pierre, l'idée d'un impôt levé dans les pays riches au profit des plus démunis était une évidence.

Max Havelaar est créé en 1988, aux Pays Bas, à l'initiative de deux missionnaires : Nico Roozeen et Frans Van Der Hoff - dont la mission est financée par les églises hollandaises. L'une des premières missions dont l'évêché charge le père Frans Van Der Hoff est de s'informer sur les conditions de vie de la population indienne des montagnes, sur ses coutumes et... sa religion.

Le jeune prêtre se fait alors engager comme journalier pour la récolte de café suivante. Frans Van Der Hoff a le sens de la formule : « Dieu n'a pas voulu ce que vous vivez. Vous avez le droit de vous organiser et de vous révolter ».

En 1992, il soutient une thèse dont le titre, qui claque comme un slogan, ne souffre aucune ambiguïté : « Organiser l'espoir. La Théologie des paysans indiens [5] ». Une approche que ne renieraient pas les meilleures agences de marketing. Max Havelaar® n'achète, ni ne vend, aucun produit. L'association qui commercialise la marque se contente de mettre en rapport des producteurs du Sud avec des industriels du Nord, quels qu'ils soient, quels que soient leurs comportements par ailleurs. Equitables ou non...

Pour mieux convaincre le consommateur, la marque Max Havelaar® [6] s'est autoproclamé « label » du commerce équitable. Ce qu'elle n'est pas.Sa notoriété remonte à la fin des années 1990 et à son entrée dans les linéaires de la grande distribution.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

En 1998, Max Havelaar lance la campagne « Exigez des produits éthiques » en direction de la grande distribution, en partenariat avec l'association Agir Ici et le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). L'idée ? Faire imprimer des cartes postales sur lesquelles figure l'exigence des consommateurs de trouver les produits de la marque Max Havelaar... en grandes surfaces ! Et utiliser les réseaux militants pour faire signer un maximum de cartes qui seront ensuite adressées tant aux points de ventes qu'aux directions régionales et nationales des grands réseaux de distribution.

Le marketing venait de pénétrer le petit cercle de la contestation de la mondialisation.Il est précisé sur chaque carte : « En participant à la diffusion de cette campagne au sein de votre famille, de votre cercle d'amis, de votre association ou de votre entreprise, vous contribuerez efficacement au succès de notre campagne et, au-delà, au développement d'une économie plus soucieuse de justice et d'équité, d'une économie qui replace l'Homme au centre de son activité ».

Accessoirement à la notoriété d'une marque privée et à la valorisation d'une bonne image de la grande et moyenne distribution [7]... mais de cela, il n'est pas question.

Ce n'est plus Max Havelaar qui piaffe à l'entrée du supermarché, c'est le militant qui, à défaut d'un autre monde, se contentera d'un autre supermarché possible... Tous relaient la campagne. La révolte est en marche. A vos caddies camarades !

Le succès est au rendez-vous. Dés l'année suivante (1999) Max Havelaar fait une entrée triomphante sur les rayons de la grande et moyenne distribution (GMS). « Cette opération restera l'un des grands moments de la récupération du tout jeune mouvement altermondialiste », déplore quelques années plus tard un signataire, jurant qu'on ne l'y prendrait plus.

De leur côté, les communicants de la marque savourent leur victoire : « Grâce à une mobilisation maximale, le commerce équitable a fait un pas de géant dans les consciences hexagonales ». Et dans les linéaires aussi...Désormais « équitable » et GMS sont réunis, pour le meilleur et pour le pire, sous la même bannière de l'économie dite... solidaire.

Depuis ce temps, les signataires poussent leurs caddies -débordant de produits inéquitables - sur le sommet desquels ils glissent un petit paquet de café équitable, comme d'autres jettent une pièce dans le chapeau du pauvre à la sortie de l'église. Les mêmes défilent le lundi contre la précarité et les délocalisations...

D'autres acteurs que les champions de l'équitable en supérette, beaucoup moins médiatiques ceux là, tentent de promouvoir un autre commerce équitable, porteur de valeurs universelles, au Nord comme au Sud.

Trois logiques s'affrontent aujourd'hui dans le paysage tourmenté du commerce équitable :

- celle d'une marque [8], Max Havelaar, et de ses partenaires commerciaux s'inscrivant dans une recherche de traitement de volumes toujours plus importants, au profit de petits producteurs du Sud spécifiquement ciblés ;

- celle du réseau Minga, constitué de ses 90 entreprises membres,qu'accompagnent de nombreux sympathisants / militants, se positionnant dans une approche de filières et de généralisation d'un commerce équitable, au Nord comme au Sud ;

- celle enfin de la Fédération Artisans du monde, forte de ses 143 associations locales et de ses 5 000 bénévoles, qui après avoir accompagné l'implantation de Max Havelaar en France, entend bien reprendre la main et redonner à l'équitable tous ses droits. Et pour la première fois... au Nord comme au Sud.

Approches « filières » contre approches « produits », commerce équitable dans les relations Sud/Nord, mais aussi Sud/Sud et encore Nord/Nord...

le débat fait rage. Artisans du Monde et MINGA se retrouvent finalement sur de nombreuses valeurs communes. L'un comme l'autre ne font plus mystère aujourd'hui de leur éloignement, de plus en plus radical, par rapport à la première logique citée qui défraie la chronique de jours en jours.

Dans le concert des initiatives locales et nationales, la marque Max Havelaar s'est octroyé la première manche, en s'imposant comme acteur essentiel d'un certain commerce équitable. Financée à ses débuts par les églises hollandaises, l'association a très vite bénéficié en France d'un traitement de faveur tout à fait exceptionnel de la part du pouvoir politique, via le ministère des Affaires Etrangères.

Chacun mesure les difficultés croissantes du monde associatif. Au moment où le gouvernement désengage l'Etat du secteur associatif, se permettant même de ne pas honorer des engagements résultants de conventions pluriannuelles [9], comment ne pas s'étonner de la générosité des gouvernements UMP (Raffarin puis de Villepin) à l'égard de la marque Max Havelaar, ayant bénéficié, toutes subventions confondues, de plus de 1700 000€ pour la seule année 2004 [10]. Plus de onze millions de francs attribués à une marque privée !

Le débat autour des dérives d'une marque qui voudrait se faire label [11], dépasse aujourd'hui le petit cercle des acteurs du commerce équitable. Il a le mérite de nous ramener à la réalité : il se passe quelque chose dans l'envers du décor du commerce dit équitable et la vérité, dans le plus simple appareil, nous éloigne cruellement de ces cafés nommés désir que nous vante la publicité.

- Qu'en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ?
- Les organisations dites non gouvernementales (bien que...) et les entreprises qui font de l'équitable tiennent-elles leurs engagements ?
- Quels sont les vrais gagnants dans cette affaire ?

Répondre à ces questions, c'est éclairer d'un jour cru un aspect que certains « commerçants de la bonne conscience » aimeraient tenir secret.Ici aussi la plus grande vigilance est de rigueur pour faire le tri entre les acteurs d'un véritable commerce équitable et les manipulateurs,prêts à tout, pour récupérer et marchandiser le concept.

Et pire encore,en prendre le contrôle pour mieux l'anesthésier. Rien que du classique...

Par Christian Jacquiau, Auteur du livre « Les coulisses de la grande distribution » chez Albin Michel en mars 2000, vient de publier « Les coulisses du commerce équitable », aux éditions Mille et une nuits (mai 2006)

source
26 Avril 2006


Notes :

[1] Normalien, diplômé de Sciences-Po et agrégé d'histoire, Jean-Noël Jeanneney a été président de Radio France et de Radio France internationale, responsable en 1989 de la commémoration officielle du bicentenaire de la Révolution française, secrétaire d'État à la Communication de 1992 à 1993, puis depuis mars 2002 président de la Bibliothèque nationale de France.

[2] En introduction de la série « concordances de temps », publiée quotidiennement dans Le Monde en juillet 1987

[3] la marque Max Havelaar n'est apparue en France qu'en 1992

[4] Ethique à Nicomaque - Aristote

[5] Frans van der Hoff, « Organizar la esperanza - Teologia india rural ».

[6] Max Havelaar n'est pas un label mais une marque commerciale, portée par l'association éponyme. Voir Michel Ebran, « Commerce équitable - Juge et partie », mensuel Que Choisir n° 408 - édition d'octobre 2003, Jean-Paul Geai (rédacteur en chef du magazine Que Choisir), « Le commerce équitable en attente de garantie », mensuel Que Choisir n° 436 - édition d'avril 2006 et Fabienne Maleysson, « Max Havelaar® : une marque qui veut se faire label », mensuel Que Choisir n° 436 - édition d'avril 2006.

[7] la grande et moyenne distribution (GMS) regroupe : les hypermarchés (+ de 2 500m²), les supermarchés (de 400 à 2 500 m²) et les supérettes (- de 400m²).

[8] déposée et exploitée par l'association Max Havelaar

[9] Voir Dante Sanjurjo, « un coup de poignard dans le dos », interview d'Alain Manac'h, directeur de la fédération nationale des foyers ruraux - Politis n° 898 du 20 avril 2006.

[10] Max Havelaar refuse de communiquer sur ses chiffres 2005 puisque non encore approuvés par son Assemblée Générale.

[11] Fabienne Maleysson, « Max Havelaar® : une marque qui veut se faire label », mensuel Que Choisir n° 436 - édition d'avril 2006.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 11 mai 2006 01:12

La foire d'empoigne du commerce équitable

Les consommateurs sont de plus en plus demandeurs de ces produits « politiquement corrects ». Mais il n'existe pas encore de label officiel pour les produits équitables.


EXIT LE GRINGO de Jacques Vabre. La célèbre marque, propriété du groupe américain Kraft Foods, a changé de ton. Son café est désormais un « café pour agir ». C'est-à-dire ? Un café provenant d'exploitations « vérifiées » par l'association écolo américaine Rainforest Alliance et présenté comme « responsable, éthique et durable ». Jacques Vabre prétend ainsi améliorer les conditions de vie des producteurs. Et aussi caresser les consommateurs dans le sens de l'éthique. « Alors que le marché global du café régresse en France, la part du café équitable a augmenté de 5 % », rappelle Jean-Pierre Blanc, directeur général des cafés Malongo, filiale du groupe flamand Rombouts. Bien sûr, il trouve cela un peu fort de café. « Aujourd'hui, on entretient volontiers le flou entre équitable et durable », ajoute Jean-Pierre Blanc. « Equitable » signifie que le producteur est mieux rémunéré ; « durable » met plutôt l'accent sur des modes de culture respectueux de l'environnement.

« Le moins mauvais des systèmes »

Pionnier du café équitable en France, Malongo a choisi de travailler avec l'association Max Havelaar : 35 % de ses achats concernent des grains répondant aux règles fixées par cette ONG néerlandaise qui s'est imposée comme le label de référence en France. Ses critères ? Garantir un prix minimum aux producteurs, payer les récoltes à l'avance, respecter l'environnement. L'ONG touche 5 centimes d'euro sur tout paquet de café vendu sous son label. Cet argent finance la certification et les contrôles sur le terrain réalisés par une cinquantaine d'inspecteurs. « Le label n'est pas parfait, mais c'est le meilleur ou le moins mauvais des systèmes », estime Tristan Lecomte, président d'Alter Eco, qui distribue des produits alimentaires.

L'an dernier, sur les 150 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés par des produits étiquetés équitables, 120 millions d'euros l'ont été par des articles Max Havelaar, contre 70 millions d'euros en 2004. Cette réussite montre qu'il y a un véritable marché, donc des consommateurs à convaincre. « Nous sommes à un moment charnière où le commerce équitable sort de la confidentialité et peut devenir source de profit », assure Hugues Toussaint, vice-président de la plate-forme du commerce équitable qui regroupe une trentaine d'adhérents. Si des PME comme Alter Eco ou Ethiquable se chargent de l'amont de la filière, déjà, les grandes surfaces ont compris tout l'intérêt de ce marché (lire encadré ci-contre).

Après le café, le coton et les cosmétiques

La sixième quinzaine du commerce équitable, qui débute aujourd'hui et se poursuivra jusqu'au 14 mai, contribuera à faire et refaire de la pédagogie sur ces produits qui représentent 0,01 % des échanges mondiaux. Après l'alimentaire, une nouvelle vague porte désormais le coton et les cosmétiques. Seul écueil, il n'existe pas de définition stricte, voire officielle du produit équitable. Entre fin 2004 et début 2005, la Direction générale de la concurrence, qui dépend du ministère de l'Economie, a contrôlé 55 opérateurs parmi les plus représentatifs. Les fonctionnaires de Bercy ont identifié pas moins de 17 démarches différentes. Plus gênant, dans la moitié des cas, ils ont constaté des anomalies.

Pour mettre un peu d'ordre, Bercy et l'Association française de normalisation se sont échinés à définir une norme pour les produits équitables en concertation avec les différents acteurs de ce nouveau business. Pour l'instant, ils ont fait chou blanc. « Tous les intervenants n'étaient pas prêts à engager cette concertation nationale, au motif que des référentiels privés établis à l'échelle internationale existaient déjà », analyse Fatma Bensalem, en charge du commerce équitable à l'Afnor. Seule avancée : la rédaction d'un premier document qui devrait ouvrir la voie à une concertation à l'échelle européenne ou internationale.

« Plusieurs démarches sont intellectuellement aussi nobles et respectables que d'autres », juge Jean-Marc Belorgey, rapporteur général adjoint au Conseil de la concurrence. Il n'estime pas forcément nécessaire de définir un label officiel. Au consommateur de trancher en quelque sorte. Le gouvernement français a quand même fait un premier pas. Le 3 mai, Renaud Dutreil, le ministre du Commerce et de l'Artisanat, présentera son projet de décret d'application de la loi du 2 août, qui donne au commerce équitable sa première reconnaissance législative.

source
3 Mai 2006
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 11 mai 2006 01:06

La France à la pointe du commerce équitable

La France à la pointe du commerce équitable
« Etre l'un des pays les plus avancés» pour la promotion du commerce équitable, voici l'ambition de Jacques Chirac. Pour ce faire, le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat, Renaud Dutreil, a annoncé mercredi la création d'une commission nationale chargée de reconnaître « les acteurs qui veillent au respect des conditions » de cette nouvelle forme d'échanges.

Le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat Renaud Dutreil, a annoncé mercredi la création de la Commission nationale du commerce équitable (CNCE).

« Promouvoir le commerce équitable, c'est réconcilier l'acte de consommation avec la défense des valeurs éthiques et de dignité humaine, valeurs que la France porte dans les enceintes internationales », a déclaré mercredi le président Jacques Chirac. C'est pourquoi il veut faire de la France « l'un des pays les plus avancés pour la reconnaissance et la promotion du commerce équitable ».

Même si cette forme d'échanges commerciaux n'est encore qu'une goutte d'eau (0,02% du commerce mondial), elle a connu une croissance de 50% en 2005. Mercredi, le gouvernement a décidé de « reconnaître » officiellement les acteurs du commerce équitable afin de mettre un peu d'ordre parmi les centaines d'associations, marques ou magasins qui se revendiquent de ces échanges, pas toujours à bon escient.

Création d'une Commission nationale du commerce équitable

Ainsi le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat Renaud Dutreil, a annoncé mercredi la création de la Commission nationale du commerce équitable (CNCE). Il ne s'agit pas pour le gouvernement de labelliser des produits mais de reconnaître des organismes, qui pourront utiliser dans leur communication la mention « reconnu par la CNCE ». Le ministre a souligné qu'il n'existait à l'heure actuelle « aucune garantie publique sur la légitimité du recours à cette appellation » et que les consommateurs risquaient « d'être trompés ».

La commission fondera ses choix sur plusieurs critères. Pour le critère d'indépendance, il s'agit de veiller au respect des conditions du commerce équitable « à l'exclusion de toutes activités de production, transformation ou de distribution de produits ou de services marchands relevant du commerce équitable », ce qui exclut les enseignes de la grande distribution. Les acteurs de commerce équitable devront également veiller à la « transparence » de leur fonctionnement, à l'accompagnement des producteurs et au contrôle des importateurs. Renaud Dutreil a précisé que les opérateurs du commerce équitable « s'engagent à garantir le respect des principes du développement durable ainsi que des droits fondamentaux » (interdiction du travail des enfants et du travail forcé, non discrimination, santé et sécurité au travail, contrôle des heures de travail, liberté syndicale).

Ces critères s'inspirent des travaux de l'Association française de normalisation (Afnor) avec les acteurs concernés, qui avaient donné lieu à des discussions houleuses.

Les associations sont critiques

Les débats ne sont d'ailleurs pas clos, puisque trois organisations, le réseau Minga, l'association bretonne Breizh Ha Reizh et la Confédération paysanne ont lancé mardi une pétition contre ces critères qui, selon elles, « ignorent la situation des travailleurs du nord ». Les autres organisations de commerce équitable ont prévenu qu'elles seraient « vigilantes » sur la mise en œuvre du dispositif.

Dans un communiqué, ConsoFrance, qui regroupe huit associations de consommateurs, a regretté que ces mesures n'aient pas fait l'objet d'une concertation. « Le commerce équitable ne doit pas se traduire par un simple argument de vente », alors que « les perspectives d'une future norme en la matière sont lourdes de conséquences pour les petits exploitants, artisans et salariés concernés », regrettent ces organisations. Artisans du Monde estime quant à lui que ce dispositif constitue un « levier » pour que les droits fondamentaux soient « placés au-dessus des règles libre-échangistes ».

La Belgique et l'Allemagne auraient manifesté leur intérêt pour ce dispositif.


source
3 Mai 2006
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 11 mai 2006 01:03

L'essor du commerce équitable n'évite pas les dérives

L'essor du commerce équitable n'évite pas les dérives
Commerce, équitable... A priori, deux termes inconciliables si l'on considère la pauvre image du premier en France. Et pourtant le lien commence à se faire. Ainsi, la vente des produits portant le label Max Havelaar - qui se revendique, avec dix-sept ans d'expérience, comme le seul garant d'une démarche véritablement équitable -, a quasi doublé l'an dernier, passant de 70 millions d'euros en 2004 à 120 millions. Une goutte d'eau, certes, au regard des centaines de milliards d'euros de produits vendus dans les grandes surfaces, lesquelles assurent pourtant 90 % du chiffre d'affaires du commerce équitable. Les Centres Leclerc, qui se revendiquent premier distributeur français sur ce créneau, avec 14,3 millions d'euros en 2006 (+ 47,5 %), ne réalisent ainsi que 0,05 % de leur chiffre d'affaires avec ces produits.


Retard et « anomalies » en France


Pourtant, les petits ruisseaux font les grandes rivières, veulent croire les promoteurs de la filière alors que vient de s'ouvrir la 6e Quinzaine du commerce équitable. Au programme, 350 actions dans 114 villes afin de promouvoir à la fois Max Havelaar - selon un sondage Ipsos, en juin 2005, 74 % des Français disaient avoir entendu du commerce équitable, mais 32 % seulement du label en question. Le potentiel est là, estime l'organisation qui relève que la consommation de produits labellisés est de 1,12 euro par an et par habitant en France, contre 3,50 euros aux Pays-Bas ou en Angleterre, et 18 euros chez les Suisses, champions du monde. Encore faut-il que les consommateurs puissent avoir confiance en l'offre, de plus en plus large (jusqu'au textile et à la décoration, lire notre rubrique marketing, page 18). Or, l'explosion du commerce équitable n'évite pas les dérives. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) note ainsi des « anomalies trop fréquentes » chez la moitié des 55 opérateurs contrôlés (centrales, importateurs, distributeurs, associations). « Un bilan pas satisfaisant », juge l'administration qui a constaté pour 11 de ces entités l'absence de document décrivant leur démarche.

Ce constat n'étonne pas Victor Ferreira, le directeur de l'association en France : « Dans la plupart des 21 pays où nous sommes présents, tout le monde sait, quand on parle de commerce équitable, qu'il y a d'un côté le réseau Oxfam-Magasins du monde et de l'autre les produits labellisés Max Havelaar », remarque-t-il. Or, « chez nous, vous aurez plusieurs organisations, c'est typiquement français, sans compter ceux qui surfent sans scrupules sur une mode ». Mais les choses pourraient s'améliorer. Un décret, en préparation, doit fixer la composition de la Commission nationale du commerce équitable, installée par la loi du 2 août 2005 relative aux PME, et définir les critères de reconnaissance après quatre ans de négociations à l'Agence française de normalisation (Afnor).

source
# Posté le jeudi 11 mai 2006 00:55